2 vraies recettes d’encre végétale à faire soi-même

2 vraies recettes d’encre végétale à faire soi-même

Le jardin c’est passionnant.
On peut en tirer plein de choses plus inattendues les unes que les autres.
Aujourd’hui, parlons « encre végétale » et plus précisément celles qu’on peut obtenir à partir des tannins.
Vous avez déjà entendu parler des tannins dans l’article sur les couleurs des feuilles.
Cette fois, nous resterons dans le noir pour découvrir les recettes d’encre végétale à faire chez-soi.

Deux recettes d’encre végétale

Encre végétale Moyen âgeIl s’agit ici de vraies recettes du Moyen Age, celles qu’utilisaient les moines copistes dans leur scriptorium.

Bien sur, on n’utilise plus les plumes, ni d’oie, ni de métal ni de bambous taillés, et la plume gauloise ne fait plus partie de nos instruments scolaires, mais…

Si vous avez envie de vous y remettre ou simplement de vous amuser ou peut-être de créer quelque chose de très personnel voire d’artistique, voici deux recettes d’encres que vous pouvez réaliser à partir de plantes sinon du jardin, du moins de nos promenades en forêt.

Les tannins n’ont pas fini de faire couler l’encre

En effet, l’encre des moines copistes du Moyen Âge était fabriquée à base de sulfate ferreux et de tanins.
C’est une encre si foncée qu’on la croirait noire. Elle brunit avec le temps.
On l’appelle aussi encre ferrique, encre ferro-gallique ou encre métallo-gallique
Elle était déjà utilisée par les égyptiens 2500 ans avant JC

La plus simple, mais pas la plus jolie est la suivante :

Faire longuement bouillir dans de l’eau de l’écorce tannifère, c’est-à-dire une écorce qui contient du tanin (écorce de chêne, châtaigner, acacia…)
puis en fin d’ébullition, jeter des clous rouillés dans le récipient (un seul suffit pour une petite quantité de branches).
Remettre à chauffer et ajouter de la pectine du commerce (gélifiant végétal pour confitures, issu de pomme par exemple) pour épaissir.

La deuxième recette est plus élaborée

Galle du chêneIl faut récolter des galles du chêne (voir photo de couverture)
Les galles du chêne sont des tumeurs dues à des mouches à galles (cynipidae)
Ainsi Andricus kollari, une de ces mouches à galles, pond un œuf à la base d’un bourgeon d’un chêne pédonculé ou d ’un chêne rouvre qui réagit en formant une «galle-noix » à la fin du printemps.
La galle se forme autour de la larve. En août ou septembre, la galle devient brune. L’insecte qui s’est développé à l’intérieur de la tumeur en sort en creusant une galerie. A ce moment, la galle se lignifie (forme du bois). C’est à partir de ce moment qu’elle sera utilisable pour fabriquer notre encre.

Recette :

Pour 100g de galles bien rondes et boisées,
25g de sulfate de fer en poudre ou paillettes (en droguerie, pour fluidifier les fosses par exemple)
De l’eau distillée
3 clous de girofle
1 récipient allant au feu qui ne craigne rien car il restera noirci après utilisation (faut pas prendre la belle casserole de Mamy)

  1. Réduire les galles en poudre
  2. verser dessus ½ l d’eau distillée
  3. Ajoutez les clous de girofles qui éviteront la prolifération microbienne (facultatif)
  4. Laisser tremper 24 heures
  5. Portez ensuite à ébullition doucement
    Laisser bouillir une heure et demi
  6. Filtrer avec un linge très fin (papier à proscrire)
  7. Verser  ½ l d’eau distillée pour revenir au volume initial
  8. Optionnel : la gomme arabique ajoutée à ce dernier mélange peu l’épaissir avantageusement.
    (1/4 l de l’eau distillée tiède pour délayer la gomme arabique)
  9. Ajouter enfin les 25 g de sulfate de fer en pluie
  10. Bien dissoudre la poudre puis filtrer de nouveau
  11. Laisser décanter quelques jours puis filtrer encore une fois sans utiliser le dépôt

Cette encre tannique est parfois dénommée encre ferrique, encre ferro-gallique ou encre métallo-gallique.

Utilisations de l’encre végétale:

Elle est très agréable pour le dessin à la plume.
Avec un peu d’expérience, vous pourrez adapter la fluidité pour réaliser des tracés selon votre désir.
Calame en bambouVous pourrez utiliser des plumes animales ou végétales, des calames (roseaux taillés dans la partie supérieure d’un bambou et séché autrefois dans du fumier)…
à vous d’imaginer.

Ferez-vous de vrais faux parchemins qui vieilliront en changeant de couleur ?

Attention toutefois,

l’encre peut aussi détériorer le support papier (perte de matière, fragilisation…)
Si vous l’exposez au rayons du soleil trop violemment, l’encre deviendra rouge par oxydation, mais autrement, sa couleur est assez stable.

Remarque

Pour éviter au mieux la dégradation de cette encre, il faut la laisser reposer, vieillir, pendant 2 mois voire jusqu’à un an.

Sources

https://journals.openedition.org/ceroart/1698#tocto2n1
https://fr.wikipedia.org/wiki/Calame

Je me doute que vous avez des questions, des suppléments d’information, des commentaires
C’est juste ici en dessous 😉

Cet article a 4 commentaires

  1. Intéressant. Je me demande comment ils trouvé certaines idées jadis pour faire des choses finalement assez élaborées, car avant il n’y avait pas toutes les technologies et méthodes de recherches que l’on a maintenant. Ils étaient très ingénieux je trouve.

    1. Noyaudujardin

      Et oui…et avant eux d’autres grands savants on fait aussi des merveilles, sur tous les continents. Restons humbles.

  2. Benjamin Zimmer

    Un grand merci pour cet article !! Quel plaisir de découvrir des recettes comme celles-ci. J’aurais une petite question: Comment se comporte l’encre (première recette) dans le temps ? Existe-t-il des méthode pour la conserver le plus longtemps possible ?
    Merci pour ce site qui est une mine d’or <3

    1. Noyaudujardin

      A ce jour, je ne connais pas de méthode pour prolonger la conservation de l’encre. Un anti oxydant peut-être ? Si vous trouvez, je serai ravie d’apprendre et de partager.

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