Faire son lait végétal

Lait végétal maison : avec récoltes du jardin

Il suffit de regarder l’étiquette d’une brique de boisson végétale du commerce pour comprendre pourquoi beaucoup de jardiniers et de familles choisissent de les préparer eux-mêmes.
En effet, certaines briques contiennent finalement peu de la matière première attendue.

Par exemple :

  • 2 à 3 % d’amandes seulement,
  • ou une faible proportion d’avoine ou de noisettes.

Le reste est surtout… de l’eau et des ajustements techniques.

Fabriquer un lait végétal maison avec ses propres amandes, son avoine fraichement récolté, ses noisettes et ses graines,

Parce qu’un lait végétal naturel se sépare facilement.

J’entends déjà hurler les puristes :
ce sont des boissons végétales nutritives
mais pas des laits.

C’est OK…

Du jardin au verre :

Une boisson maison peut être plus rustique, moins blanche, parfois un peu plus épaisse ou irrégulière… mais elle ressemble réellement à la plante dont elle provient.

Le goût d’une noisette fraîchement mixée n’a rien à voir avec un arôme standardisé.

On peut choisir :

  • la densité,
  • la texture,
  • le goût,
  • la quantité de sucre,
  • ou ne rien ajouter du tout.

1 poignée de graines = 1 litre de boisson

Une logique de jardin et d’autonomie

Fabriquer ses boissons végétales change aussi la manière de voir les récoltes.

Quelques poignées d’avoine deviennent une boisson du matin.
Des noisettes du jardin se transforment en crème d’hiver.
Des graines de tournesol oubliées dans un bocal trouvent une nouvelle utilité.

On cesse d’acheter un produit fini.
On apprend à transformer ce que l’on produit.

Dans une logique de jardin nourricier, cette étape est importante :
elle rapproche l’alimentation du cycle des saisons et des récoltes.


Moins d’emballages, moins de transport

Faire ses boissons végétales maison réduit aussi :

  • les briques jetées,
  • les transports,
  • les emballages,
  • et parfois le coût.

Une poignée de graines et de l’eau suffisent souvent à produire un litre de boisson.

Et contrairement aux idées reçues, cela peut devenir très rapide avec l’habitude :

  • trempage le soir,
  • mixage le matin,
  • filtration en quelques minutes.

Une boisson “vivante”

Les boissons végétales maison ont souvent quelque chose de plus vivant.

Elles changent légèrement selon :

  • la récolte,
  • la saison,
  • la variété,
  • le temps de trempage,
  • ou même l’eau utilisée.

Elles ne sont pas standardisées.

Et c’est justement ce qui plaît à beaucoup de personnes qui cultivent leur jardin :
retrouver une alimentation moins uniforme, plus proche du réel.

Humm !
ça me semble bien intéressant tout ça
Comment puis-je le faire moi-même ?

Le processus universel d'extraction

Les 4 étapes :

  • L’éveil (trempage) :

Lait végétal : le trempage

On immerge les graines dans l’eau pendant 4 à 12 heures
Ceci déclenche la prégermination, décuple les qualités nutritionnelles et ramollit la matière première.
Note : Toujours jeter l’eau de trempage et rincer.

  • La libération (broyage) :

Lait végétal : le broyage

On égoutte bien la graine puis on lui adjoint un petit volume d’eau propre.
On mixe le tout de façon à extraire de façon mécanique les lipides et les protéines (qui se retrouvent dans l’eau).

  • La séparation (Filtration) :

La filtration

On prend alors une étamine à mailles fines que l’on tord fortement pour en faire sortir le lait (l’or blanc). Il reste le résidu solide (appelé OKARA)

  • La stabilisation (cuisson ou cru)

Lait végétal : la stabilisation

Comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant, c’est une étape variable selon la boisson.
Certaines graines demandent une cuisson après le broyage (soja, noix), pour la digestibilité.
Tandis que d’autres se consomment crues (tournesol, noisette).

Faut-il cuire ses ingrédients ?

Et bien : ça dépend

Voyons les 3 grands cas :

  • céréales : OUI
  • Les graines et fruits à coque (NON, pas de cuisson)
  • Les cas particuliers (cuisson PARFOIS utile)
    – Courges à graines : pas utile
    – Soja : OUI, cuisson obligatoire

Pourtant :

  • 🌱 Avoine : souvent chauffée légèrement → OK
  • 🌰 Noisette / tournesol / chanvre : OK crus
  • 🌿 Soja : cuisson obligatoire (important)

2 fruits à coques mais 2 préparations différentes

Le lait de noix

Le lait de noix est reminéralisant,
il contient du phosphore, du calcium, du magnésium, Des vitamines (Bet C)

Faire son lait de noix maison

  • Pour faire le lait de noix, il faut 80 g de cerneau pour 1 l d’eau
  • Il demande un trempage de 4 heures minimum (idéalement toute une nuit)
  • Puis une ébullition de 4 à 5 minutes
  • suivie de 15 minutes de repos
  • avant filtration

Combien de lait de noix attendre de la préparation ?

780 g de lait et 90 g d’Okara

Le lait de noisette

Sa texture est très onctueuse, son gout très puissant.

Il est riche en acides gras mono-insaturés (protecteurs cardiovasculaires)

Faire son lait de noisette

  • Pour faire le lait de noisette, il faut 1g de noisettes pour 1 litre d’eau
  • Le trempage dure 6 heures minimum
  • le mixage lui, doit être très court (max 2 mn) pour éviter de chauffer.
  • La filtration se fait « à cru »

La différence entre ces 2 oléagineux

Tandis que l’une se fait après ébullition, l’autre se réalise « à cru »

On ne peut donc pas faire de généralité

Pour faire mon lait végétal maison : quelles plantes cultiver pour devenir plus autonome ?

Plusieurs “laits” végétaux peuvent être produits presque entièrement à partir d’un potager familial ou d’un petit jardin nourricier.
Certains sont très faciles, d’autres demandent un peu plus de place ou de patience.

Voici les plus accessibles dans un jardin vivant familial :

Les plus faciles à produire au jardin et leur recette

Lait de soja maison

La recette maitresse : le lait de soja

Le plus riche en protéines.

Culture

Le soja pousse assez bien en été chaud.
Il lui faut :

  • du soleil,
  • une terre réchauffée,
  • environ 4 à 5 mois sans gel.

En climat doux ou avec serre, cela fonctionne bien.

La recette :

  • Faire tremper longuement (12 heures obligatoires)
    80 g de graines pour 1 litre d’eau
  • Mixer avec de l’eau et filtrer immédiatement avec une étamine.
  • Cuisson OBLIGATOIRE (pour éliminer les toxines et rendre le soja digeste)
    Porter le liquide à ébullition
    cuire 15 mn à feu doux
    Gestion de la mousse :
    retirer du feu pour faire retomber la mousse
    remettre ensuite à cuire.

Avantages

  • Très nourrissant.
  • Texture proche du lait animal.
  • Peu coûteux.

Limite

Il faut une bonne quantité de graines pour produire beaucoup de lait.

Lait de tournesol rapide

Une boisson de graine express : le lait de tournesol

C’est incontestablement le plus rapide à réaliser et le plus économique.

20 g de graines pour 1/2 litre d’eau 

  • 4h de trempage
  • Extraction à froid par mixage avec l’eau
  • Filtration directe au sac en tissus
  • Aucune cuisson requise

Total : moins de 10 mn

Lait d’avoine

Probablement le plus simple pour l’autonomie.

Culture

L’avoine pousse facilement dans beaucoup de sols et climats.
Même une petite surface peut produire une bonne quantité de grains.

Fabrication

  • Trempage court.
  • Mixage avec eau.
  • Filtration légère.

Avantages

  • Très facile.
  • Peu gourmand en eau.
  • Excellent pour débuter.

Limite

Moins protéiné.

Lait de noisette

Excellent choix pour un jardin pérenne.

Culture

Le noisetier produit abondamment une fois installé.

Avantages

  • Production sur des décennies.
  • Très parfumé.
  • Peu de travail après implantation.

Limite

Il faut attendre quelques années avant une grosse récolte.

Lait de noix

Très riche et nourrissant.

Culture

Demande de la place mais devient extrêmement productif.

Avantages

  • Autonomie durable.
  • Haute valeur nutritive.

Limite

Temps d’attente long avant production.

Lait de chanvre (cannabis sativa): la culture rebelle

Culture du chanvre

Très intéressant en autonomie.

Et pourtant, difficile à obtenir à cause de sa ressemblance au « cannabis récréatif ».

Culture

Le chanvre pousse vite, améliore le sol et demande peu d’intrants.
MAIS :
Il lui faut beaucoup de chaleur (une température supérieure à 15 °C jour et nuit).

Fabrication

Très simple :

  • graines + eau,
  • mixage,
  • parfois sans filtration.

Avantages

  • Riche en oméga 3.
  • Culture robuste.

Limite

La réglementation dépend des pays et des variétés cultivées.
En France, il existe des variétés autorisées à la culture mais il faut en faire la déclaration à la gendarmerie.
Le chanvre ressemble visuellement au cannabis récréatif.

Le problème pour les particuliers

Même avec une variété autorisée, la situation peut devenir compliquée si :

  • les graines ne sont pas certifiées,
  • les justificatifs sont absents,
  • la variété n’est pas clairement identifiable,
  • ou la réglementation locale est mal respectée.

Par conséquent, si vous désirez cultiver du chanvre en France, il est prudent de :

  • vérifier la réglementation actuelle,
  • utiliser uniquement des semences autorisées,
  • conserver tous les justificatifs,
  • et éviter toute ambiguïté sur l’usage.

Une autre culture possible : la courge à graines

Les courges sont parmi les cultures les plus simples et les plus fiables du potager familial.

Elles donnent des graines riches qui peuvent servir à des boissons végétales.
Je pourrais aussi simplement les manger grillées par exemple.

Pourquoi ça marche bien chez-moi

En Poitou :

  • été suffisamment chaud pour la croissance,
  • assez d’eau naturelle ou d’arrosage possible,
  • sol souvent favorable aux cucurbitacées.

Les courges aiment :

  • la chaleur,
  • l’espace,
  • un sol nourri en compost,
  • et un bon ensoleillement.

Des variétés intéressantes pour les graines

Certaines courges sont particulièrement riches en graines :

  • courge de type Cucurbita pepo (type citrouille, courgette coureuse),
  • courge Cucurbita maxima (potimarron, musquée),
  • courges “huileuses” (graines sans coque dure dans certaines variétés anciennes).

Ma variété préférée :

Lady Godiva (ou Courge Amande)
Ses fruits peuvent renfermer jusqu’à 500 grammes de graines verdâtres foncées nues. 

Graines de courge Lady Godiva

Culture simple

  • semis en mai,
  • plantation après les gelées,
  • croissance très rapide,
  • récolte en fin d’été / automne.

Avantage autonomie

  • énorme production de biomasse + graines,
  • stockage facile,
  • transformation simple (trempage + mixage possible pour boisson végétale type lait de graines de courge).

👉 C’est une des meilleures cultures “autonomie protéinée” du jardin.

La conservation et l'enrichissement

Conserver le lait végétal maison

La conservation :

Les boissons végétales doivent se conserver impérativement

  • au frais
  • et dans des contenants hermétiques

on peut ainsi les garder 3 ou 4 jours, pas davantage, car ce sont des boissons vivantes sans conservateur.

L’enrichissement :

Les ajouts ne sont pas indispensables… mais ils changent vraiment la boisson.

Dans une boisson végétale maison (avoine, noisette, tournesol, etc.), l’eau et la graine suffisent. Mais ajouter un peu de lithothamne, d’huile et de sel répond à trois logiques différentes : nutrition, texture et goût.

– Le lithothamne : un apport minéral

Le lithothamne est une algue calcaire riche en minéraux (calcium, magnésium et oligo-éléments).

À quoi il sert dans une boisson végétale ?

  • enrichir la boisson en calcium naturel,
  • compenser l’absence de calcium du lait animal,
  • apporter des minéraux biodisponibles.

Effet concret

  • légèrement plus “nutritif” sur le plan minéral,
  • parfois un goût un peu “terreux” si on en met trop.

👉 On en met très peu (une pincée à petite quantité)

– Pourquoi ajouter de l’huile ?

Les graines contiennent déjà du gras, mais l’ajout d’un peu d’huile permet de :

  • améliorer l’onctuosité,
  • stabiliser légèrement la texture,
  • augmenter la sensation de satiété.

Effet en bouche

  • boisson plus ronde,
  • moins “aqueuse”,
  • plus proche d’un lait entier.

👉 On utilise en général une huile neutre ou locale (colza, tournesol), à raison de 1 à 3 c à c par litre de boisson.

– Le sel : révélateur de goût

Pourquoi une pincée de sel ?

Même dans une boisson sucrée ou neutre, le sel joue un rôle important :

  • il réveille les arômes,
  • il équilibre l’amertume éventuelle,
  • il donne une impression de goût plus “plein”.

Effet subtil

  • la boisson paraît plus douce,
  • les saveurs de noisette, avoine ou tournesol ressortent mieux.

👉 Il suffit d’une toute petite pincée.

– Ce que ces ajouts changent ensemble

Pris ensemble, lithothamne + huile + sel transforment une simple boisson végétale en :

  • boisson plus nutritive (minéraux),
  • plus stable et plus ronde (gras),
  • plus goûteuse (équilibre des saveurs).

Mais ils ne sont pas obligatoires.

La sédimentation :

C’est inévitable :
l’absence de stabilisants provoque une séparation naturelle.
La règle d’or consiste donc à secouer la bouteille avant chaque utilisation.

Objectif zéro déchet

On ne va rien jeter, rassurez-vous

L'okara

Car oui ! il y a ce que l’on ne regarde presque jamais.
Une fois la boisson filtrée, il reste une pulpe douce, humide, encore pleine de vie : l’okara.

Définition :

Le résidu solide, humide obtenu après la filtration de la pulpe des graines ou des oléagineux, c’est l’okara.

Le faux déchet :

On pourrait croire qu’il s’agit un déchet et être tenté de le jeter.
Mais en fait, il ressemble plutôt à une matière en attente, entre la graine et la terre.
Historiquement perçu comme un simple rebut, c’est en réalité un concentré de fibres insolubles et de nutriments.
Ça vous parle ? je m’en doutais !

Attention toute fois à l’okara de soja

L’okara de soja obtenu à froid est donc cru et indigeste.
Il exige donc une cuisson ultérieure lors de ses préparations culinaires.

Les trois vies de l'okara

A quoi peut-il servir ?

Selon l’humeur du jour, il glisse dans une pâte à crêpes, enrichit un gâteau simple, épaissit une soupe, ou retourne directement nourrir le compost.

Rien ne se perd vraiment, on le transforme.

Dans une cuisine de jardin, ce résidu raconte une autre histoire : celle d’une plante qui continue de donner, même après avoir livré son lait.

Sous quelles formes utiliser l’okara ?

  • La version humide (Liant alimentaire) :
    Directement au sortir du filtre, on l’utilise frais, en pâte, pour crêpes, galettes, gâteaux, boulettes.
    Il apporte moelleux et satiété aux galettes salées ou aux quiches.
    C’est un excellent substitut à l’œuf dans les préparations végétales.
  • La version sèche : (Farine / base sèche)
    On le fait alors sécher au four à basse température, puis on le réduit en poudre, en remplacement partiel de farines ou de chapelure.
  • Engrais / matière pour le sol
    Si on ne lui a pas trouvé d’autre utilisation, on peut encore l’ajouter au compost ou en paillage léger (matière organique rapidement décomposable).
    Il nourrira la terre de ses nutriments résiduels.

Avez-vous déjà fait votre propre "lait végétal" ?

  • Si oui, Qu’en pensez-vous ?
  • Si non, seriez-vous tenté (même si vous n’avez pas de jardin)

Avec ou sans machine ?

Petite précision pour les puristes :

Je préfère dire « lait » végétal que « boisson » dans cet article, car on peut faire des boissons comme les thés, les liqueurs… et ce n’est pas du tout le sujet du jour.
Donc j’ai conservé « lait » pour que les esprits soient fixés sur le genre de boisson dont je voulais parler.

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