paillage et feu

Mon paillage peut-il prendre feu ?

Le paillage de mon jardin inquiète ma fille : « Avec toute cette paille, tu n’as pas peur que ça prenne feu ? »
Cette question, elle me l’a posée récemment. Et elle mérite une vraie réponse.
Car avec des étés plus chauds et des incendies plus fréquents, beaucoup de jardiniers hésitent désormais à pailler leur sol. Pourtant, le problème n’est pas le paillage en lui-même, mais la manière dont il est conçu et entretenu.

Le risque dépend beaucoup de la quantité de paille, de son humidité et de sa ventilation.

Une inquiétude légitime :

Nous allons nous poser quelques quesions

La paille mouillée brûle-t-elle facilement ?

En fait, ce qui l’inquiète, ce sont les gros roundballs de pailles qui s’enflamment spontanément dans les champs ces temps-ci.

On lui a expliqué que c’était l’humidité au centre de ces roues de paille qui les enflammaient à cause de la montée en température au centre.
Et comme elle me voit arroser mon jardin paillé…

La réponse :

Non. Une paille bien mouillée est difficile à enflammer. L’eau absorbe beaucoup de chaleur et empêche la combustion.

En revanche, le danger apparaît plus tard, lorsqu’elle est stockée en tas.

Un roundball s'échauffe
Auto-échauffement d'une grosse botte de foin. On ne stockera pas ce roundball tant qu'il est mouillé au coeur

Le véritable danger : l'échauffement interne

Ce qu’elle a observé dans les champs est une réalité.
Que se passe-t-il dans ce cas ?

Lorsque de la paille est :

  • humide (environ 20 à 40 % d’humidité),
  • stockée en gros volume,
  • peu ventilée,

les bactéries et les champignons commencent à décomposer les sucres présents dans la paille.

Cette activité biologique produit de la chaleur.

Le phénomène évolue ainsi :

  • jusqu’à 40 °C : activité microbienne normale ;
  • 50 à 60 °C : forte fermentation ;
  • 70 °C et plus : les micro-organismes meurent progressivement, mais des réactions chimiques prennent le relais ;
  • au-delà de 150-200 °C localement, une inflammation spontanée peut devenir possible.

C’est ce qu’on appelle l’auto-échauffement pouvant conduire à une auto-combustion.

C’est arrivé hier :

Un hangar a pris feu à quelques kilomètres d’ici.

Et oui !

Principalement dans :

  • les grosses bottes rondes ou cubiques,
  • les meules de paille,
  • les hangars agricoles.

Il faut généralement :

  • plusieurs dizaines de bottes,
  • ou plusieurs mètres cubes de paille.

Une mince couche de paillage dans un jardin ne présente pratiquement pas ce risque.

paillage de canicule

La paille dans mon jardin

Dans mon jardin, la paille est seulement humide puis sèche au soleil.

Dans ce cas, aucun problème particulier.

Au contraire, une paille humide plaquée au sol :

  • garde le sol frais,
  • protège les micro-organismes,
  • puis sèche progressivement.

Les bactéries et champignons (dans de bonnes conditions) font leur travail.
Mais la paille ne s’échauffe pas suffisamment pour devenir dangereuse.

Je travaille avec carton + paille humide

N’est-ce pas encore pire ?

Une couche de quelques centimètres de paille humide sur un carton (détrempé au départ) :

  • est très loin des conditions d’auto-combustion ;
  • dissipe continuellement sa chaleur dans le sol et dans l’air ;
  • reste oxygénée.

Le risque est donc quasiment nul.

En revanche, attention aux gros tas

Si je stocke plusieurs ballots de paille dehors ou dans un abri, ce qui m’arrive lorsque l’agriculteur moissonne et me ramène la paille pour la saison) :

  • je ne la rentre jamais encore mouillée ;
  • je laisse sécher avant stockage ;
  • j’assurer une bonne ventilation ;
  • surveiller si une forte odeur de fermentation apparaît ou si le cœur devient très chaud.
  • stockée dehors, je la couvre pour éviter les infiltrations d’eau.

Les agriculteurs utilisent parfois une longue sonde thermique pour contrôler la température des grosses meules.
Moi, je plonge la main le plus profondément possible si besoin.

Un sol d'été anti-canicule

Dans le processus de création de sol vivant, en revanche, il existe un autre aspect intéressant : une couche de paille humidifiée au-dessus d’un carton peut créer un microclimat très frais grâce à l’évaporation.
C’est un phénomène proche du refroidissement évaporatif, qui peut au contraire compléter l’idée de protéger le sol contre les fortes chaleurs.

La couleur de la paille

La paille claire (avant début de dégradation) réfléchit davantage le soleil et la chaleur. 

Le paillage en couches

Un paillage pourrait être conçu en plusieurs couches :

  • une couche inférieure de carton humide qui bloque l’évaporation ;
  • une couche intermédiaire de matériaux très humides et en décomposition (compost grossier, BRF déjà colonisé par les champignons, feuilles) ;
  • une couche supérieure plus claire (paille, foin ou végétaux secs) pour réfléchir une partie du rayonnement solaire.

On obtiendrait alors un paillage qui :

  • conserve davantage d’humidité ;
  • protège mieux la vie du sol ;
  • ralentit la propagation d’un départ de feu en surface.

Ce type de paillage particulier

  • garde le sol frais ;
  • nourrit la vie du sol ;
  • économise l’eau ;
  • Protège les racines des températures extrêmes ;
  • limite son inflammabilité ;
  • résiste au vent ;
  • se transforme progressivement en humus.

On ne parle alors plus simplement de couvrir la terre, mais de
concevoir un microclimat protecteur au-dessus du sol, même en pleine canicule.

Parlons quand même du feu

Deux types de feu

Revenons-en à notre peur du feu à cause de la paille.
Car en fait, il existe bien un danger

  • L’auto-échauffement

d’un gros tas de paille ou de foin humide, qui concerne surtout le stockage et non le paillage du jardin, ce dont nous venons de parler.

  • Le feu venu de l’extérieur :

Braises, mégot, barbecue, incendie voisin, étincelle d’un outil…

Dans ce cas précis, la paille n’est pas plus dangereuse qu’une végétation sèche, même si elle brûle facilement si une source d’ignition est présente.

La prévention tient du bon sens.

Éviter le départ de feu

Puisque nous avons vu que la paille était un atout pour le jardin en plein été, quelques précautions s’imposent :

  • Ne jamais jeter de mégot dans le jardin, même s’il paraît éteint.
  • Éviter les barbecues à proximité immédiate d’un paillage sec.
  • Éloigner les braseros et feux de jardin.
  • Pendant les périodes de risque élevé, éviter les travaux produisant des étincelles :
    • disqueuse,
    • meuleuse,
    • débroussailleuse à lame métallique,
    • soudure,
    • tronçonneuse lorsque la chaîne touche une pierre.
  • Après un feu de camp ou un barbecue, vérifier qu’aucune braise n’a été projetée.

Limiter la propagation

Et pour limiter les dégâts si le feu devait prendre quand même (puisqu’un accident est quelque chose qui arrive alors que ça n’aurait pas dû).

  • Fractionner les zones paillées plutôt qu’une seule immense surface continue.
  • Prévoir des interruptions :
    • allées en terre,
    • gravier,
    • pelouse verte,
    • bandes cultivées.
  • Maintenir un peu d’humidité lorsque les températures deviennent extrêmes.
  • Éviter que la paille touche directement les bardages bois ou les murs très chauds.

Prévoir une intervention rapide

  • garder un tuyau d’arrosage raccordé ;
  • avoir plusieurs arrosoirs remplis ;
  • disposer d’un extincteur à eau pulvérisée si l’on utilise souvent barbecue ou outils thermiques.

Le plus efficace reste d’intervenir dans les premières secondes, avant que le feu ne se propage.

Mon conseil

Personnellement, j’ai toujours ma pelle à sable à proximité.
En effet, lorsque je dois éteindre un feu, je préfère l’étouffer à la base en promenant ma pelle à plat sur le sol (sans taper), comme si je fauchais le feu.
Je l’ai déjà pratiqué après que la tondeuse ait mis le feu aux broussailles et ça fonctionne bien mieux et plus rapidement que l’eau.
Bien sûr, il ne faut pas attendre que le feu prenne de la hauteur et il faut pouvoir s’en approcher.
Je garde l’eau pour la distance.

Un paillage n'est pas une mèche.

Une braise tombée sur une paille légèrement humide s’éteint souvent d’elle-même.
En revanche, plusieurs semaines de sécheresse, un vent soutenu et une couche de paille épaisse très sèche peuvent transformer le paillage en excellent combustible.
Ce n’est donc pas la présence de paille qui crée le danger, mais
la combinaison combustible + source d’ignition + conditions météorologiques favorables.

Pailler or not pailler, that is the question

Nous avons donc vu ce que les canicules nous obligent à repenser pour protéger le sol… sans augmenter les risques d’incendie.

Et nous avons appris comment concevoir un paillage vivant, plus résistant aux fortes chaleurs.

Ma fille pensait que le problème était la paille.
En réalité, le problème est un paillage sec, inerte et mal conçu.
Un paillage vivant fonctionne autrement.

Quelle attitude adoptez-vous pour limiter l’évaporation dans votre jardin ?
Les commentaires attendent vos réflexions.

Après les canicules que faire pour le jardin ?

Voici une idée de la manière de « réparer » les dégâts dus aux canicules :
Le trèfle incarnat régénère vos sols

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