Le jardin c'est passionnant.
Dans cet article
ToggleOn peut en tirer plein de choses plus inattendues les unes que les autres.
Aujourd’hui, parlons « encre végétale » et plus précisément celles qu’on peut obtenir à partir des tannins.
Vous avez déjà entendu parler des tannins dans l’article sur les couleurs des feuilles.
Cette fois, nous resterons dans le noir pour découvrir les recettes d’encre végétale à faire chez-soi.
Le principe général des encres végétales traditionnelles
Toutes les encres végétales reposent sur un même principe simple :
extraire la couleur contenue dans une plante,
puis la concentrer
et la stabiliser pour l’écriture.
Les végétaux utilisés (bois, écorces, racines, feuilles, fruits ou galles) contiennent des pigments naturels et souvent des tanins, capables de produire des teintes allant du brun au noir profond.
La fabrication suit presque toujours les étapes suivantes :
Récolte
La plante est cueillie à une période précise (souvent au printemps ou à l’automne), lorsque les principes colorants sont les plus actifs.Séchage (facultatif mais courant)
Le séchage concentre les substances colorantes et améliore leur extraction ultérieure.Macération
La matière végétale est mise à tremper dans l’eau pendant plusieurs jours, parfois davantage, afin de libérer progressivement ses pigments.Filtration
Le liquide est filtré pour éliminer les fibres et résidus solides.Décoction / Concentration
Le filtrat est porté à frémissement, parfois longuement, pour intensifier la couleur et épaissir l’encre.Ajustement et stabilisation
Selon les traditions, on peut ajouter un liant (gomme, miel), un conservateur naturel (alcool, vinaigre) ou laisser l’encre vieillir naturellement.
Le résultat est une encre vivante, dont la teinte, la fluidité et la tenue varient selon la plante, la saison, l’eau utilisée et le soin apporté à sa préparation.
Deux recettes d'encre végétale
Ce sont de vraies recettes du Moyen Âge,
celles qu’utilisaient les moines copistes dans leur scriptorium.
Bien sûr, on n’utilise plus les plumes, ni d’oie, ni de métal, ni de bambous taillés, et la plume gauloise de mon enfance ne fait plus partie des instruments scolaires de nos enfants, mais…
Si vous avez envie de vous y remettre ou simplement de vous amuser ou peut-être de créer quelque chose de très personnel, voire d’artistique, voici deux recettes d’encres que vous pouvez réaliser à partir de plantes, sinon du jardin, du moins de nos promenades en forêt.
Les tannins n’ont pas fini de faire couler l’encre
En effet, l’encre des moines copistes du Moyen Âge était fabriquée à base de sulfate ferreux et de tanins.
C’est une encre si foncée qu’on la croirait noire. Elle brunit avec le temps.
On l’appelle aussi encre ferrique, encre ferro-gallique ou encre métallo-gallique
Elle était déjà utilisée par les égyptiens 2500 ans avant JC
La plus simple, mais pas la plus jolie est la suivante :
Faire longuement bouillir dans de l’eau de l’écorce tannifère, c’est-à-dire une écorce qui contient du tanin (écorce de chêne, châtaigner, acacia…)
puis en fin d’ébullition, jeter des clous rouillés dans le récipient (un seul suffit pour une petite quantité de branches).
Remettre à chauffer et ajouter de la pectine du commerce (gélifiant végétal pour confitures, issu de pomme par exemple) pour épaissir.
Une variante à base d’aubépine :
J’ai trouvé cette recette dans un roman de Peter Tremayne qui relate la vie au VIIᵉ siècle en Irlande celtique chrétienne, période où les scriptoria monastiques sont très actifs.
Remarque :
Dans ses récits, cette encre végétale est préparée à partir de rameaux d’aubépine.
Cette méthode, fondée sur la macération et la décoction de bois riches en tanins, correspond aux techniques d’encres végétales plausibles à l’époque. Si l’ajout d’un alcool fort (ici la corma, sorte de bière forte) n’est pas explicitement documenté dans les recettes conservées de l’époque, il s’inscrit dans un savoir empirique cohérent avec les pratiques anciennes.
La recette rapportée :
« Nous ramassons ces branches au début du printemps ;
On les laisse sécher.
Ensuite, on enlève l’écorce et on laisse tremper les branches ds l’eau pendant 8 jours.
Cette eau est ensuite filtrée, puis bouillie afin que le liquide réduise jusqu’à devenir noir.
On laisse reposer et épaissir ce liquide,
après quoi on le fait à nouveau bouillir en y ajoutant un peu de « corma » (alcool) ou tout autre alcool fort. Pas trop ! juste un peu… Dès qu’il a refroidi, on obtient de l’encre prête à être utilisée. »
La deuxième recette est plus élaborée
Il faut récolter des galles du chêne (voir photo de couverture)
Les galles du chêne sont des tumeurs dues à des mouches à galles (cynipidae)
Ainsi Andricus kollari, une de ces mouches à galles, pond un œuf à la base d’un bourgeon d’un chêne pédonculé ou d ’un chêne rouvre qui réagit en formant une «galle-noix » à la fin du printemps.
La galle se forme autour de la larve. En août ou septembre, la galle devient brune. L’insecte qui s’est développé à l’intérieur de la tumeur en sort en creusant une galerie. À ce moment, la galle se lignifie (forme du bois). C’est à partir de ce moment qu’elle sera utilisable pour fabriquer notre encre.
Recette :
Pour 100g de galles bien rondes et boisées,
25g de sulfate de fer en poudre ou paillettes (en droguerie, pour fluidifier les fosses par exemple)
De l’eau distillée
3 clous de girofle
1 récipient allant au feu qui ne craigne rien car il restera noirci après utilisation (faut pas prendre la belle casserole de Mamy)
- Réduire les galles en poudre
- verser dessus ½ l d’eau distillée
- Ajoutez les clous de girofles qui éviteront la prolifération microbienne (facultatif)
- Laisser tremper 24 heures
- Portez ensuite à ébullition doucement
Laisser bouillir une heure et demi - Filtrer avec un linge très fin (papier à proscrire)
- Verser ½ l d’eau distillée pour revenir au volume initial
- Optionnel : la gomme arabique ajoutée à ce dernier mélange peu l’épaissir avantageusement.
(1/4 l de l’eau distillée tiède pour délayer la gomme arabique) - Ajouter enfin les 25 g de sulfate de fer en pluie
- Bien dissoudre la poudre puis filtrer de nouveau
- Laisser décanter quelques jours puis filtrer encore une fois sans utiliser le dépôt
Cette encre tannique est parfois dénommée encre ferrique, encre ferro-gallique ou encre métallo-gallique.
Utilisations de l'encre végétale:
Elle est très agréable pour le dessin à la plume.
Avec un peu d’expérience, vous pourrez adapter la fluidité pour réaliser des tracés selon votre désir.
Vous pourrez utiliser des plumes animales ou végétales, des calames (roseaux taillés dans la partie supérieure d’un bambou et séché autrefois dans du fumier)…
à vous d’imaginer.
Ferez-vous de vrais faux parchemins qui vieilliront en changeant de couleur ?
Attention toutefois,
l’encre peut aussi détériorer le support papier (perte de matière, fragilisation…)
Si vous l’exposez au rayons du soleil trop violemment, l’encre deviendra rouge par oxydation, mais autrement, sa couleur est assez stable.
Remarque
Pour éviter au mieux la dégradation de cette encre, il faut la laisser reposer, vieillir, pendant 2 mois voire jusqu’à un an.
Sources
https://journals.openedition.org/ceroart/1698#tocto2n1
https://fr.wikipedia.org/wiki/Calame
Recherches personnelles
La parole est à vous
Vous avez surement
- des questions,
- des suppléments d’information,
- des commentaires
C’est juste ici en dessous 😉


Intéressant. Je me demande comment ils trouvé certaines idées jadis pour faire des choses finalement assez élaborées, car avant il n’y avait pas toutes les technologies et méthodes de recherches que l’on a maintenant. Ils étaient très ingénieux je trouve.
Et oui…et avant eux d’autres grands savants on fait aussi des merveilles, sur tous les continents. Restons humbles.
Un grand merci pour cet article !! Quel plaisir de découvrir des recettes comme celles-ci. J’aurais une petite question: Comment se comporte l’encre (première recette) dans le temps ? Existe-t-il des méthode pour la conserver le plus longtemps possible ?
Merci pour ce site qui est une mine d’or <3
A ce jour, je ne connais pas de méthode pour prolonger la conservation de l’encre. Un anti oxydant peut-être ? Si vous trouvez, je serai ravie d’apprendre et de partager.
Super recette de l’encre végétale que je testerai cet été avec les enfants !
Nous avions déjà réalisé une empreinte de feuille sur du tissu, fixée avec du sulfate de fer, nous avions adoré ! Il s’agissait d’une feuille de vigne vierge, très riche en tanin également !