Les canicules à répétition de cet été ont malmené le jardin.
Elles nous ont montré qu’il fallait d’urgence préparer le jardin de demain.
Dans cet article, nous allons parler de ce qu’a vécu notre jardin,
comment y remédier dès maintenant,
et comment le préparer pour plus tard.
Nous verrons que
Les canicules nous obligent à changer notre définition même de la résistance
et
Quel système sol–racines–plante–microorganismes permet à une plante de traverser plusieurs épisodes extrêmes et de récupérer.
Notre objectif sera de
construire un jardin qui sera mieux préparé lorsque la prochaine canicule arrivera.
Ce que les plantes, les racines et le sol peuvent encore avoir conservé après un été où elles n’ont jamais eu le temps de récupérer.
Cette année, ce n'est pas « une canicule de plus »
Dans cet article
ToggleSi vous avez un jardin, vous avez peut-être vécu cette année une expérience particulièrement décourageante.
Une première vague de chaleur. Puis une autre.
Des températures qui montent à 38, 39, parfois 40 °C. Quelques jours passent, les températures redescendent un peu… mais pas suffisamment pour que le jardin retrouve réellement son fonctionnement habituel.
Puis la chaleur revient.
Et les plantes commencent à changer.
Certaines perdent leurs feuilles. D’autres cessent de pousser. Les jeunes pousses grillent. Les fleurs avortent. Les fruits restent minuscules ou tombent. Des plantes qui semblaient parfaitement installées au printemps donnent soudain l’impression d’être mortes.
Et surtout, cette année, quelque chose m’a particulièrement frappée :
beaucoup de plantes n’ont jamais vraiment eu le temps de refaire leurs feuilles entre deux épisodes de chaleur.
C’est une différence essentielle.
Une plante peut supporter un épisode de chaleur exceptionnel et disposer ensuite de quelques jours ou semaines pour récupérer. Elle peut refaire des feuilles, reconstituer ses réserves, relancer ses racines et retrouver progressivement un fonctionnement normal.
Mais que se passe-t-il lorsque cette période de récupération n’existe pratiquement plus ?
La plante perd des feuilles.
Elle tente de survivre.
Puis une nouvelle vague de chaleur arrive avant qu’elle ait pu reconstruire son feuillage.
Elle recommence à économiser l’eau.
Sa photosynthèse ralentit.
Ses réserves diminuent.
Et lorsqu’elle sort à peine de ce nouvel épisode, un autre arrive.
Ce n’est donc plus seulement la température maximale qui devient dangereuse. C’est la répétition du stress et l’impossibilité de récupérer entre deux épisodes.
C’est peut-être ce qui explique une partie de l’impression de catastrophe que nous avons eue cette année dans nos jardins.
Mais avant d’arracher les plantes qui semblent mortes, il faut se poser une question essentielle :
Une plante qui ne pousse plus est-elle forcément une plante morte ?
Pas nécessairement.
Une plante possède des mécanismes remarquables pour survivre à des conditions qui seraient incompatibles avec une croissance normale.
Elle peut fermer ses stomates pour limiter ses pertes d’eau, ralentir fortement son métabolisme, mobiliser ses réserves et mettre en œuvre des mécanismes cellulaires de protection contre la chaleur.
Elle peut donc entrer dans une sorte d’économie de survie.
Et c’est là que notre regard de jardinier doit changer.
Une plante peut être vivante sans être actuellement capable de pousser.
Elle peut avoir perdu une grande partie de son feuillage tout en conservant des tissus vivants dans ses tiges, son collet ou ses racines.
Elle peut avoir réduit son activité au minimum pour traverser une période qu’elle ne peut plus réellement combattre.
La question n’est donc pas seulement :
« Est-ce que cette plante a l’air morte ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce qui est encore vivant, et dispose-t-elle encore des ressources nécessaires pour repartir lorsque les conditions redeviendront favorables ? »
C’est une différence fondamentale.
Car cette année, nous allons peut-être devoir attendre la récupération du jardin pour comprendre réellement ce que les canicules lui ont fait.
Les prochaines pluies, le retour d’une humidité suffisante et la baisse durable des températures vont nous permettre d’observer quelque chose que nous ne pouvions pas voir pendant la canicule :
la capacité réelle de nos plantes à repartir.
Et cette observation nous apprendra probablement beaucoup plus sur leur véritable résistance que ce qu’indique l’étiquette du sachet de graines ou la réputation d’une variété.
Mais pour comprendre ce qui s’est passé, il faut d’abord regarder ce qui se passe à l’intérieur de la plante lorsqu’elle subit cette chaleur répétée.
Une plante peut être vivante… mais ne plus avoir les moyens de repartir
Lorsqu’une plante subit une forte chaleur, son premier problème n’est pas forcément de « cuire ».
Son problème est souvent de perdre de l’eau plus vite qu’elle ne peut en absorber et en transporter.
Pour limiter cette perte, elle ferme progressivement ses stomates, ces minuscules ouvertures présentes à la surface des feuilles qui permettent les échanges gazeux.
C’est une réaction de protection.
Mais elle a une conséquence immédiate : lorsque les stomates se ferment, le dioxyde de carbone pénètre moins facilement dans la feuille. La photosynthèse ralentit alors fortement.
La plante économise de l’eau, mais elle fabrique aussi moins de sucres.
Et lorsque la chaleur dure, ce ralentissement peut devenir considérable.
Le feuillage devient alors un enjeu vital
Une plante qui perd une partie de ses feuilles perd une partie de sa capacité à fabriquer de l’énergie.
Elle peut bien sûr utiliser les réserves qu’elle a constituées auparavant. Les racines, le collet, les tiges ou parfois les organes de réserve peuvent contenir des ressources permettant de maintenir les tissus vivants et, lorsque les conditions redeviennent favorables, de produire de nouvelles pousses.
Mais ces réserves ne sont pas infinies.
Et c’est là que la succession des canicules change complètement la situation.
Imaginons une plante qui perd 50 % de son feuillage pendant une première vague de chaleur.
Si elle dispose ensuite de conditions favorables, elle peut consacrer une partie de ses ressources à produire de nouvelles feuilles.
Ces feuilles lui permettront à leur tour de reprendre la photosynthèse et de reconstituer progressivement ses réserves.
Le cycle peut repartir.
Mais si une nouvelle vague de chaleur arrive alors que les nouvelles feuilles ne sont pas encore formées — ou qu’elles sont encore trop peu nombreuses — la plante doit de nouveau réduire son activité.
Elle n’a donc jamais vraiment récupéré.
Elle a simplement enchaîné deux périodes de survie.
Et si le phénomène se répète plusieurs fois, la situation devient très différente de celle d’une plante qui aurait subi une seule canicule.
La résistance n’est donc pas seulement la capacité à survivre
C’est une distinction que nous devrions probablement intégrer davantage lorsque nous choisissons les plantes de nos jardins.
On parle beaucoup de plantes « résistantes à la sécheresse », « résistantes à la chaleur » ou « adaptées aux climats chauds ».
Mais que signifie réellement cette résistance ?
Une plante peut parfaitement survivre à une température de 40 °C pendant quelques jours.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est capable de supporter plusieurs épisodes à 40 °C avec seulement quelques semaines — voire quelques jours — entre eux.
Et cela ne signifie pas non plus qu’elle sera capable de produire une récolte dans ces conditions.
Il faut donc distinguer au moins trois choses :
survivre, récupérer et produire.
Une plante peut survivre sans récupérer complètement.
Elle peut récupérer sans produire correctement.
Et elle peut finir par ne plus avoir suffisamment de ressources pour faire l’un ou l’autre.
C’est probablement une des raisons pour lesquelles certaines plantes qui semblaient simplement « ralentir » au début de l’été donnent maintenant l’impression de s’effondrer.
Elles n’ont peut-être pas subi un seul choc.
Elles ont subi une succession de chocs dont elles n’ont jamais eu le temps de se remettre.
Et pourtant, la plante ne reste pas passive
Face à la chaleur, elle déclenche toute une série de mécanismes de protection.
Certaines protéines sont particulièrement importantes dans cette réponse : les protéines de choc thermique, ou HSP.
Elles participent notamment à la protection de protéines cellulaires fragilisées par la chaleur et aux processus permettant de maintenir ou de restaurer leur bon fonctionnement.
La plante possède donc une véritable capacité de défense face au stress thermique.
Mais il faut éviter une conclusion trop simple :
les mécanismes de protection ne rendent pas la plante invulnérable.
Ils permettent de gagner du temps, de limiter certains dégâts et de maintenir des cellules fonctionnelles malgré des conditions difficiles.
Ils ont un coût énergétique.
Et surtout, ils ne remplacent pas le fonctionnement normal d’une plante.
Une plante peut maintenir ses cellules en vie tout en étant incapable de reconstruire rapidement son feuillage.
C’est peut-être exactement ce que nous observons actuellement dans certains jardins.
La plante n’est pas nécessairement morte. Elle est peut-être encore en mode survie.
Et pour savoir si elle possède encore une véritable capacité de récupération, il faut maintenant regarder un endroit que nous oublions souvent lorsque nous observons les dégâts d’une canicule :
ses racines.
Et si les racines, elles, étaient encore vivantes ?
Quand nous évaluons les dégâts d’une canicule, nous regardons presque toujours ce qui se voit.
Les feuilles sont brunes : la plante est morte.
Les tiges sont sèches : la plante est morte.
La plante ne pousse plus : elle est morte.
Pourtant, une grande partie de ce qui détermine sa capacité à repartir se trouve sous nos pieds.
Les racines.
Et c’est là que la situation devient beaucoup plus intéressante.
Une plante qui a perdu une grande partie de son feuillage n’a pas nécessairement perdu son système racinaire.
Tant que certaines racines restent vivantes et fonctionnelles, la plante peut conserver une capacité de récupération. Elle peut disposer de réserves dans ses racines ou dans son collet et, lorsque les conditions redeviennent favorables, utiliser ces ressources pour produire de nouvelles pousses.
Mais il faut alors distinguer deux choses que nous confondons facilement :
la température de l’air et la température réellement subie par les racines.
40 °C dans l’air ne signifie pas forcément 40 °C autour des racines
C’est une distinction essentielle pour comprendre pourquoi deux plantes placées à quelques mètres l’une de l’autre peuvent réagir très différemment à la même canicule.
Une plante installée dans un sol nu, exposé au soleil, avec peu de matière organique et peu d’humidité disponible, peut subir un environnement racinaire extrêmement différent de celui d’une plante installée dans un sol couvert, riche en matière organique et capable de conserver davantage d’humidité.
Le rayonnement solaire chauffe directement la surface du sol.
Mais cette chaleur ne se transmet pas de la même manière dans tous les sols.
La présence d’eau, la structure du sol, sa couverture, sa porosité et sa teneur en matière organique influencent tous les échanges de chaleur.
C’est pourquoi mesurer uniquement la température de l’air ne suffit pas à savoir ce qu’a réellement vécu une plante.
Dans mon jardin, les observations faites cet été m’ont d’ailleurs rappelé quelque chose de très simple :
un sol protégé peut rester étonnamment frais alors que l’air au-dessus de lui est brûlant.
Sous une épaisse couverture organique, à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, les températures peuvent rester bien plus modérées que celles que nous imaginons en regardant le thermomètre extérieur.
Et cette différence peut être déterminante.
La racine n’est pas seulement là pour boire
Nous avons souvent une vision très simplifiée du système racinaire :
la plante a besoin d’eau → les racines vont chercher l’eau.
Mais les racines sont bien davantage qu’un système de tuyaux.
Elles respirent.
Elles échangent avec leur environnement.
Elles dépendent de l’oxygène disponible dans les pores du sol.
Elles libèrent des composés dans la rhizosphère.
Elles interagissent avec des microorganismes.
Elles doivent maintenir leur propre activité métabolique.
Et elles ont elles aussi une température optimale de fonctionnement.
Lorsque le sol devient trop chaud et trop sec, ce n’est donc pas simplement la quantité d’eau disponible qui pose problème.
C’est tout l’environnement racinaire qui peut devenir défavorable.
À l’inverse, un sol capable de conserver une humidité raisonnable, une température plus stable et une bonne porosité offre aux racines des conditions beaucoup plus favorables pour continuer à fonctionner.
Et c’est là que nous retrouvons une idée essentielle :
Une plante ne résiste jamais seule à une canicule
Sa résistance dépend en partie de ce qui l’entoure.
La même variété peut se comporter très différemment selon :
la profondeur disponible pour ses racines ;
la température du sol ;
son humidité ;
la protection apportée par le couvert végétal ou le paillage ;
le vent ;
l’ombre ;
la structure du sol ;
la présence de matière organique ;
les microorganismes associés à ses racines.
Autrement dit, lorsque nous demandons :
« Cette plante supporte-t-elle 40 °C ? »
nous posons peut-être une question incomplète.
La véritable question pourrait être :
« Dans quelles conditions cette plante doit-elle affronter 40 °C ? »
Et cette nuance est capitale pour l’avenir de nos jardins.
Car nous ne pouvons probablement pas empêcher les prochaines vagues de chaleur.
En revanche, nous pouvons agir sur le microclimat dans lequel les racines devront les affronter.
Mais il reste une autre question.
Même si les racines sont protégées, que devient la vie qui les entoure lorsque le sol traverse plusieurs épisodes de chaleur et de sécheresse ?
Autrement dit :
après une telle saison, que reste-t-il du sol vivant ?
Le sol vivant a-t-il vraiment disparu ?
Après une succession de canicules, il est tentant de regarder son sol et de se dire :
« Avec cette chaleur et cette sécheresse,
toute la vie du sol a dû mourir. »
Ce serait pourtant probablement une vision beaucoup trop simple.
Le sol vivant n’est pas une population homogène d’organismes qui réagissent tous de la même manière à la chaleur.
C’est un écosystème extrêmement diversifié.
Bactéries, champignons, collemboles, acariens, nématodes, protozoaires, vers de terre et autres organismes du sol occupent des niches différentes et ne possèdent pas tous la même sensibilité à la chaleur, au manque d’eau ou au manque d’oxygène.
Certains vont fortement ralentir leur activité.
D’autres peuvent entrer dans des états de survie.
D’autres encore peuvent être protégés par leur environnement immédiat.
Et cette dernière notion est essentielle.
La température mesurée à la surface ne raconte pas toute l’histoire
Imaginez une poignée de matière organique sous un couvert de feuilles.
La température que mesure le thermomètre à quelques centimètres au-dessus du sol n’est pas nécessairement celle que subissent les microorganismes enfermés dans les pores du sol, à l’intérieur d’un agrégat, autour d’une racine ou dans une zone qui conserve encore un peu d’humidité.
Le sol est fait de microclimats.
Une canicule peut donc créer des conditions extrêmement différentes à quelques centimètres de distance.
C’est une des raisons pour lesquelles la protection du sol est tellement importante.
Un sol nu exposé directement au rayonnement solaire n’offre pas les mêmes refuges qu’un sol couvert de végétation, de feuilles, de paille ou d’autres matières organiques.
Et plus un sol possède une structure complexe, des pores, des agrégats et des zones de matière organique, plus il peut offrir une multitude de petits environnements différents.
Cela ne signifie évidemment pas que la chaleur ne fait aucun dégât.
Elle peut tuer une partie des organismes les plus sensibles.
Elle peut réduire fortement l’activité biologique.
Elle peut modifier les équilibres entre populations.
Mais réduire l’activité du sol n’est pas forcément la même chose que détruire toute sa vie.
La « mémoire biologique » du sol
C’est ici qu’il faut être précis avec les mots.
Je parle volontiers de mémoire biologique, mais il ne s’agit évidemment pas d’une mémoire comparable à celle d’un cerveau.
Il s’agit plutôt de la capacité d’un écosystème à conserver des organismes, des structures, des interactions et des ressources qui permettent une reprise lorsque les conditions redeviennent favorables.
Une partie de la communauté microbienne peut avoir été fortement affectée.
Une autre partie peut avoir ralenti.
Certaines populations peuvent avoir mieux résisté que d’autres.
Et lorsque les conditions changent à nouveau, les organismes capables de repartir vont retrouver des conditions favorables.
La communauté qui se reconstitue peut alors ne pas être exactement la même que celle qui existait avant la canicule.
C’est particulièrement intéressant pour nos jardins.
Car une succession de canicules ne fait pas seulement subir un stress au sol.
Elle peut aussi exercer une sélection.
Les organismes les plus sensibles peuvent régresser.
Ceux qui tolèrent mieux la chaleur, la sécheresse ou les variations rapides des conditions peuvent prendre davantage d’importance.
Il ne faut pas imaginer que le sol se transforme volontairement pour s’adapter.
Mais sur le long terme, les conditions environnementales influencent nécessairement les communautés qui peuvent y vivre et y fonctionner.
Et les racines jouent encore un rôle essentiel
La plante et son microbiome ne sont pas deux mondes indépendants.
Autour des racines se trouve la rhizosphère : une zone où les racines modifient profondément leur environnement en libérant différents composés et en fournissant notamment des ressources aux microorganismes.
En retour, certains microorganismes peuvent participer à la nutrition de la plante, à la transformation de la matière organique ou à la disponibilité de certains éléments.
La plante n’est donc pas simplement posée dans un sol vivant.
Elle participe elle-même à la construction de son environnement biologique.
Et cela devient particulièrement intéressant lorsque le climat devient plus difficile.
Une plante qui réussit à maintenir ses racines vivantes continue à alimenter une partie de cet écosystème.
Un sol bien structuré et riche en matière organique peut, lui, offrir davantage de refuges et de ressources.
Il existe donc une véritable interaction entre :
la plante → les racines → la rhizosphère → le sol → les microorganismes → la plante.
C’est un système.
Et c’est probablement une erreur de chercher à comprendre la résistance d’une plante uniquement en regardant sa partie aérienne.
Alors, faut-il s’attendre à retrouver exactement le même sol après la pluie ?
Pas forcément.
Et c’est là que l’observation va devenir passionnante.
Après une longue période chaude et sèche, puis le retour de l’humidité, certaines populations vont repartir rapidement.
D’autres mettront davantage de temps.
Certaines plantes vont redémarrer.
D’autres non.
Certaines zones du jardin vont reverdir presque immédiatement.
D’autres resteront étonnamment silencieuses.
Ce que nous verrons après les premières pluies sera donc une photographie de la capacité de récupération de notre écosystème.
Et cette capacité dépendra probablement de tout ce qui s’est passé avant la canicule :
la couverture du sol, sa structure, sa teneur en matière organique, son humidité, la profondeur disponible pour les racines, la diversité végétale et biologique…
C’est pourquoi je ne voudrais surtout pas tirer de conclusion définitive sur mon jardin maintenant.
La canicule nous montre les dégâts visibles.
Mais ce n’est qu’après le retour de conditions favorables que nous pourrons vraiment mesurer la résilience du système.
Et c’est précisément ce que nous allons pouvoir observer dans les prochaines semaines.
Je vous entends
poser la prochiane question
Mon jardin est-il vraiment mort ?
Le moment où il faut apprendre à observer
Après plusieurs épisodes de chaleur extrême, notre premier réflexe est souvent de faire le ménage.
- On arrache les plantes brunes.
- On coupe les branches sèches.
- On remplace ce qui semble avoir disparu.
C’est compréhensible : voir son jardin dépérir est difficile, surtout lorsque l’on a consacré des mois à le faire pousser.
Mais cette année, je crois qu’il faut parfois résister à l’envie de conclure trop vite.
Car l’apparence d’une plante après une succession de canicules ne nous permet pas toujours de savoir ce qui est réellement vivant.
Une plante peut avoir perdu son feuillage sans avoir perdu ses racines
Le feuillage est la partie la plus visible de la plante, mais ce n’est pas nécessairement celle qui nous dira le plus précisément si elle peut repartir.
Selon l’espèce et la situation, il peut rester :
des bourgeons vivants ;
des tissus encore fonctionnels dans les tiges ;
un collet vivant ;
des racines vivantes ;
des réserves dans les racines ou les organes souterrains.
Certaines plantes vont donc sembler complètement détruites alors qu’elles possèdent encore la capacité de produire de nouvelles pousses lorsque les conditions redeviendront favorables.
D’autres, en revanche, auront réellement dépassé leur capacité de récupération.
Le problème est que nous ne pouvons pas toujours faire la différence immédiatement.
C’est pourquoi le retour de conditions favorables sera tellement instructif.
La pluie sera un révélateur
Après plusieurs semaines de chaleur et de sécheresse, une véritable pluie change brutalement les conditions du jardin.
Le sol retrouve de l’humidité.
Les racines peuvent recommencer à fonctionner dans de meilleures conditions.
La température baisse.
L’atmosphère devient moins desséchante.
Et certaines plantes peuvent alors recommencer à mobiliser leurs réserves.
C’est à ce moment-là que nous allons pouvoir observer les véritables survivantes.
Pas forcément celles qui ont conservé le plus beau feuillage pendant la canicule.
Mais celles qui ont réussi à conserver suffisamment de ressources pour repartir.
Et cette distinction est importante.
Une plante qui reste verte grâce à une irrigation permanente n’a pas nécessairement démontré la même résistance qu’une plante qui a traversé plusieurs épisodes de chaleur avec très peu d’aide.
Je vais donc regarder mon jardin autrement
Plutôt que de dresser immédiatement la liste des plantes « mortes », je préfère faire une autre liste :
Qu’est-ce qui repart ?
Quelles plantes produisent de nouvelles feuilles ?
Quelles tiges montrent encore des signes de vie ?
Quels bourgeons se réveillent ?
Quelles plantes qui semblaient condamnées recommencent à pousser ?
Mais je regarderai aussi le sol.
Où la vie revient-elle en premier ?
Certaines zones vont peut-être reverdir avant les autres.
Les adventices vont réapparaître.
Des champignons pourront apparaître après l’humidification.
Les petits organismes du sol vont redevenir actifs.
La décomposition de la matière organique va reprendre.
Et ces observations seront particulièrement intéressantes si l’on compare des zones ayant subi des conditions différentes.
Par exemple :
sol nu / sol couvert
zone exposée / zone protégée
sol sec / sol ayant conservé de l’humidité
sol pauvre en matière organique / sol riche en matière organique
Nous aurons alors quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une simple impression :
une expérience grandeur nature.
Et comment je vais
pouvoir comparer ?
Photographier plutôt que mémoriser
Il y a une petite chose que je conseille particulièrement.
Si vous avez encore des plantes dont vous ne savez pas si elles sont mortes, photographiez-les maintenant.
Puis photographiez exactement les mêmes plantes après une pluie significative.
Puis quelques jours plus tard.
Puis une semaine ou deux après.
Cela permet de voir des changements que notre mémoire ne détecte pas toujours.
Une petite pousse qui apparaît.
Un bourgeon qui gonfle.
Une tige qui reste verte.
Une zone du sol qui recommence à se couvrir.
Ce sont de petits signes, mais ils nous renseignent énormément sur la capacité du jardin à récupérer.
Et surtout, ne confondons pas absence de production et mort
C’est une autre distinction qui me paraît importante.
Une plante peut être vivante et pourtant ne plus produire cette année.
- Elle peut avoir consacré toutes ses ressources à maintenir ses tissus essentiels en vie.
- Elle peut ne plus avoir suffisamment de feuillage pour produire des fruits.
- Elle peut avoir perdu sa floraison.
- Elle peut avoir interrompu sa croissance.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est perdue pour l’année suivante.
À l’inverse, une plante qui a produit quelques fruits avant de dépérir n’est pas forcément plus résistante qu’une plante qui n’a rien produit mais qui a conservé un système racinaire intact.
Pour sélectionner les plantes de demain,
il faudra donc regarder plus loin
que la récolte de cette année.
Il faudra observer leur capacité à traverser l’épreuve et à repartir.
C'est peut-être notre meilleure occasion d'apprendre
Les canicules nous donnent rarement envie de faire de la science.
On voudrait simplement que tout redevienne normal.
Pourtant, cette année peut nous apprendre énormément sur notre propre jardin.
Parce que nous avons soumis, involontairement, différentes plantes et différentes zones à un stress exceptionnel.
Nous pouvons maintenant observer les résultats.
- Quelles plantes ont tenu ?
- Lesquelles ont perdu leur feuillage mais repartent ?
- Lesquelles sont réellement mortes ?
- Quelles zones du sol ont mieux conservé leur humidité ?
- Où la végétation revient-elle en premier ?
- Qu’est-ce qui se trouvait dans ces endroits avant la canicule ?
Notre jardin vient peut-être de nous fournir une information que nous aurions eu beaucoup de mal à obtenir autrement :
quelles sont les conditions
qui lui permettent réellement de
résister et de récupérer ?
Et c’est cette information qui devrait guider nos choix pour les prochaines années.
Car si les canicules deviennent plus fréquentes,
notre objectif ne pourra plus être simplement de trouver des plantes capables de « tenir ».
Il faudra construire un jardin capable de récupérer.
La résistance d'une plante ne dépend pas seulement de la plante
Nous avons tendance à chercher la solution dans les catalogues de graines.
- Une variété est présentée comme résistante à la sécheresse : nous la choisissons.
- Une autre est réputée adaptée aux climats chauds : nous l’essayons.
- Une troisième vient d’une région où les étés sont encore plus chauds que les nôtres : elle devrait forcément réussir.
Et pourtant, nous constatons parfois l’inverse.
- Une plante réputée résistante dépérit.
- Une autre, beaucoup moins connue pour sa résistance à la chaleur, traverse l’épisode sans trop de dégâts.
Pourquoi ?
Parce qu’une plante n’affronte jamais la chaleur toute seule.
Elle l’affronte avec ses racines, son sol, son environnement et les organismes qui vivent autour d’elle.
La même plante peut vivre deux canicules très différentes
Imaginez deux plants de la même variété.
Le premier est installé dans un sol nu, exposé au soleil, soumis au vent, avec un volume de terre limité et peu de matière organique.
Le second pousse quelques mètres plus loin, dans un sol couvert, plus profond, qui conserve davantage d’humidité, avec une végétation qui réduit le vent et le rayonnement direct.
Le thermomètre annonce 40 °C dans les deux cas.
Pourtant, les deux plantes ne vivent pas nécessairement la même expérience.
- Leurs feuilles reçoivent une quantité différente de rayonnement.
- Leur transpiration n’est pas la même.
- Leur système racinaire n’est pas soumis à la même température.
- La disponibilité de l’eau diffère.
- L’activité biologique de la rhizosphère peut différer.
Et leur capacité à récupérer après l’épisode peut donc être très différente.
C’est pourquoi je me méfie de plus en plus d’une notion de « plante résistante » prise isolément.
Résister à quoi ?
- À 40 °C pendant deux jours ?
- À une semaine de sécheresse ?
- À un sol chaud ?
- À un air très sec ?
- À un vent desséchant ?
- À plusieurs canicules successives ?
- À tout cela en même temps ?
La question devient rapidement beaucoup plus complexe.
Et c’est précisément pour cela que les observations faites dans notre propre jardin deviennent si précieuses.
La plante la mieux adaptée n'est pas forcément celle du catalogue
Nous avons parfois tendance à chercher la plante idéale ailleurs.
- Une variété venue du Sud.
- Une espèce réputée pour supporter la sécheresse.
- Une plante sélectionnée dans une région chaude.
Cela peut être utile.
Mais rien ne garantit qu’elle sera la meilleure dans notre propre environnement.
Car notre jardin possède son propre climat.
Son exposition.
Son sol.
Ses vents dominants.
Ses zones d’ombre.
Ses réserves d’eau.
Sa couverture du sol.
Sa profondeur.
Sa vie biologique.
Et surtout, son histoire.
Une plante qui réussit plusieurs années dans ces conditions nous fournit donc une information extrêmement précieuse.
Elle nous dit :
« Dans ce microclimat précis, avec ce sol précis et cette manière de jardiner, cette plante possède une capacité intéressante de survie et de récupération. »
C’est une information beaucoup plus pertinente pour notre jardin qu’une simple mention sur un catalogue.
Il faudra peut-être sélectionner autrement
Jusqu’à présent, nous avons souvent choisi nos plantes selon leur capacité à produire.
- Belle récolte.
- Gros fruits.
- Croissance rapide.
- Bonne précocité.
- Résistance aux maladies.
Mais le climat nous oblige peut-être à ajouter un nouveau critère :
la capacité à récupérer après un stress extrême.
Une plante qui produit énormément pendant une année normale mais meurt après la première canicule n’est peut-être pas le meilleur choix pour l’avenir.
Une autre qui produit un peu moins mais conserve des racines vivantes, repart après un épisode extrême et recommence à produire l’année suivante peut finalement être beaucoup plus intéressante.
Cela change notre manière de sélectionner.
Nous ne cherchons plus seulement :
« Quelle plante produit le plus ? »
Nous pouvons aussi demander :
« Quelle plante revient le plus facilement après avoir été fortement stressée ? »
Et pour répondre à cette question, il n’existe pas toujours de catalogue.
Il faut observer.
Notre jardin peut devenir son propre laboratoire
Et oui !
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette année.
Nous avons subi un stress climatique exceptionnel.
Nous pouvons maintenant utiliser ce qui s’est passé pour apprendre.
- Si une variété a parfaitement résisté dans une zone protégée mais pas dans une zone exposée, cela nous renseigne.
- Si une plante a mieux résisté avec un sol couvert, cela nous renseigne.
- Si une plante repart alors qu’une autre variété de la même espèce ne repart pas, cela nous renseigne.
- Si une zone riche en matière organique retrouve rapidement une activité végétale après la pluie alors qu’une zone nue reste inerte, cela nous renseigne également.
Le jardinier de demain devra peut-être
moins chercher la réponse toute faite
et davantage apprendre à lire
les réponses que son propre jardin lui donne.
Et cela nous ramène à une question beaucoup plus fondamentale.
Si nous ne pouvons pas empêcher les températures extrêmes, et si nous ne pouvons pas modifier à volonté notre climat local,
sur quoi pouvons-nous réellement agir ?
Une grande partie de la réponse se trouve juste sous nos pieds.
La clé de l'adaptation climatique se trouve sous nos pieds
Nous avons beaucoup parlé des plantes.
De leurs feuilles, de leurs racines, de leur capacité à survivre à la chaleur et de leur aptitude à repartir après un stress.
Mais plus nous observons ce qui se passe pendant une canicule, plus une évidence apparaît :
une plante ne peut pas être résiliente si son environnement racinaire ne l’est pas lui-même.
Et c’est là que le sol vivant prend toute son importance.
Pas comme une recette miracle.
Pas comme une solution magique qui permettrait d’ignorer les canicules.
Mais comme une infrastructure biologique capable d’améliorer plusieurs des conditions dont les plantes ont besoin pour traverser les épisodes extrêmes.
Un sol vivant ne fait pas disparaître la sécheresse
Il faut commencer par là.
Un sol vivant ne va pas empêcher l’air d’atteindre 40 °C.
Il ne va pas faire tomber la pluie lorsque les nuages sont absents.
Il ne va pas transformer une plante mal adaptée en plante tropicale.
En revanche, il peut contribuer à modifier profondément la manière dont l’eau, l’air, la chaleur et les nutriments circulent dans le système sol-plante.
Et c’est probablement beaucoup plus important.
L’eau
Un sol riche en matière organique et correctement structuré peut favoriser l’infiltration de l’eau et sa conservation dans le profil du sol.
Lorsque la pluie arrive après une période sèche, nous avons tout intérêt à ce qu’elle pénètre dans le sol plutôt que de ruisseler immédiatement.
Nous avons également intérêt à ce que l’eau infiltrée reste accessible aux racines aussi longtemps que possible.
Le but n’est donc pas seulement de « stocker de l’eau ».
Il est de créer un sol capable de recevoir, conserver et redistribuer cette eau.
La structure du sol devient alors essentielle
Un sol vivant n’est pas simplement un sol contenant beaucoup de microorganismes.
C’est un sol dont la structure est organisée par une multitude de processus biologiques et physiques.
Les racines, les champignons, les bactéries, les organismes du sol et la matière organique participent, chacun à leur manière, à la formation et à la transformation des agrégats.
Cette structure crée des pores de tailles différentes.
Certains permettent à l’air de circuler.
D’autres retiennent l’eau.
D’autres encore facilitent son déplacement.
C’est cette architecture qui permet au sol de fonctionner comme un véritable système.
Et cette architecture devient particulièrement précieuse lorsque les conditions deviennent extrêmes.
Un sol vivant protège aussi ce qui se passe sous la surface
Nous avons vu qu’il existe une différence considérable entre la température de l’air et celle du milieu racinaire.
Mais le sol ne peut jouer ce rôle de tampon que s’il est lui-même protégé.
- Un sol nu reçoit directement le rayonnement solaire.
- Une couverture organique réduit cette exposition.
Elle ralentit les variations de température et limite également l’évaporation de l’eau depuis la surface.
C’est pourquoi le paillage n’est pas seulement une technique destinée à « économiser l’arrosage ».
C’est une manière de protéger l’environnement dans lequel vivent les racines et les organismes du sol.
Et lorsque les canicules se répètent, cette protection devient encore plus importante.
La matière organique n'est pas simplement de la nourriture
C’est également une erreur fréquente.
Lorsque nous apportons des feuilles, de la paille, du compost ou d’autres matières organiques au jardin, nous ne faisons pas qu’ajouter des éléments nutritifs.
Nous construisons progressivement un milieu.
La matière organique participe à la structure du sol, nourrit une partie de la vie qui s’y développe et intervient dans la circulation et la rétention de l’eau.
Elle devient ainsi une composante de la résilience du système.
Et cela change complètement notre manière de regarder les « déchets » du jardin.
Une feuille qui tombe n’est pas nécessairement un déchet à évacuer.
Une tige sèche n’est pas nécessairement quelque chose à jeter.
Une partie de cette matière peut retourner au sol et contribuer à reconstruire le système dont les plantes auront besoin lors de la prochaine période difficile.
Et la vie microbienne ?
Elle intervient à un autre niveau.
Les microorganismes associés aux racines participent à une multitude de processus dans la rhizosphère.
Certains contribuent à rendre des nutriments disponibles.
D’autres interagissent directement avec les racines.
Certains champignons forment des associations étroites avec les plantes.
L’ensemble forme un réseau extrêmement complexe.
Nous ne maîtrisons pas encore toutes les interactions qui s’y produisent.
Mais une chose est certaine : une racine ne fonctionne pas dans le vide.
Elle fonctionne dans un environnement biologique.
Et plus nous soumettons nos jardins à des conditions climatiques extrêmes, plus il devient intéressant de préserver cet environnement plutôt que de le simplifier.
La véritable stratégie n'est donc pas de lutter contre chaque canicule
Nous ne pourrons pas empêcher toutes les vagues de chaleur.
Nous ne pourrons pas protéger chaque feuille de chaque plante.
Et nous ne disposerons probablement jamais d’une quantité d’eau suffisante pour compenser indéfiniment la hausse des températures par l’arrosage.
Il faut donc déplacer notre stratégie.
Au lieu de demander :
« Comment vais-je arroser davantage lorsque la prochaine canicule arrivera ? »
nous pouvons commencer à demander :
« Comment puis-je construire dès maintenant un sol qui permettra à mes plantes de mieux traverser la prochaine canicule ? »
La différence est considérable.
Dans le premier cas, nous intervenons pendant la crise.
Dans le second, nous préparons le système avant la crise.
Et c’est probablement là que se trouve l’une des clés de notre adaptation aux étés qui viennent.
La clé de notre adaptation climatique se trouve peut-être sous nos pieds.
Et avec elle se trouve peut-être aussi une partie de notre sécurité alimentaire de demain.
Car un jardin capable de produire malgré des conditions climatiques de plus en plus instables ne sera pas seulement un jardin plus confortable à entretenir.
Ce sera un jardin qui aura développé sa propre capacité à encaisser les chocs, à récupérer et à recommencer à produire.
Mais pour y parvenir, il ne suffit pas de rendre le sol vivant.
Il faut aussi concevoir le jardin pour qu’il puisse récupérer entre deux épisodes extrêmes.
Construire un jardin capable de récupérer
Après ce que nous venons de voir, les solutions apparaissent sous un angle différent.
Il ne s’agit plus simplement de trouver des plantes capables de supporter 40 °C.
Il s’agit de construire un environnement dans lequel les plantes, leurs racines et le sol disposent de suffisamment de ressources pour encaisser le choc puis récupérer.
C’est un changement de perspective important.
Car nous ne pouvons pas agir sur la température extérieure.
Mais nous pouvons agir sur une partie des conditions auxquelles notre jardin sera confronté.
Protéger le sol avant de protéger les plantes
C’est probablement l’une des premières choses que je ferais.
Un sol nu reçoit directement le rayonnement solaire et perd beaucoup plus facilement son humidité.
Une couverture végétale ou organique agit comme une protection.
Feuilles mortes, paille, broyat, résidus végétaux… les possibilités sont nombreuses.
L’objectif n’est pas d’obtenir un jardin parfaitement propre.
C’est au contraire de maintenir une couche protectrice entre le sol et les conditions extérieures.
Cette couverture contribue à limiter les variations de température et l’évaporation.
Elle protège également une partie de la vie du sol.
Et elle se transforme progressivement en matière organique utilisable par l’écosystème.
Donner de la profondeur aux racines
Une plante dont les racines disposent d’un petit volume de sol est beaucoup plus rapidement confrontée à ses limites.
Lorsque la couche explorée par les racines est profonde, celles-ci peuvent exploiter un volume beaucoup plus important.
Elles peuvent également accéder à des zones dont la température et l’humidité sont plus stables.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les plantes doivent être cultivées dans un sol profond.
Mais lorsque nous pouvons augmenter le volume réellement exploitable par les racines, nous augmentons aussi leur marge de manœuvre.
La profondeur du sol devient donc une forme de réserve climatique.
Réduire le vent
Le vent est parfois oublié lorsque nous parlons de canicule.
Pourtant, un air chaud et sec qui circule rapidement autour des feuilles augmente fortement les pertes d’eau.
Le vent peut donc transformer une situation déjà difficile en véritable stress hydrique.
Une haie, des arbustes, une organisation en strates ou simplement un environnement plus fermé peuvent réduire cette contrainte.
Il ne s’agit pas de supprimer toute circulation d’air.
Il faut éviter de créer des zones confinées où l’humidité stagne et favorise les maladies.
L’objectif est plutôt de casser la violence du vent.
C’est particulièrement important dans un jardin où l’on cherche à créer des microclimats.
Créer des zones plutôt qu'un jardin uniforme
C’est une autre conséquence intéressante du changement climatique.
Nous avons longtemps cherché à rendre les parcelles homogènes.
- Même sol.
- Même arrosage.
- Même exposition.
- Même culture.
Mais face aux événements extrêmes, la diversité des conditions peut devenir un avantage.
- Une zone très protégée.
- Une zone plus ensoleillée.
- Une zone plus profonde.
- Une zone humide.
- Une zone sèche.
- Une zone ombragée l’après-midi.
Ces différences créent autant de possibilités pour les plantes.
Et surtout, elles permettent de ne pas mettre tout le jardin dans le même panier climatique.
Lorsqu’une vague de chaleur arrive, certaines zones souffriront davantage.
D’autres pourront servir de refuges.
Conserver l'eau lorsqu'elle tombe
La question de l’eau doit également être abordée autrement.
Dans un climat marqué par des épisodes de sécheresse suivis de pluies parfois intenses, le problème n’est pas seulement le manque d’eau.
C’est aussi notre capacité à retenir l’eau lorsqu’elle est disponible.
Une partie de la stratégie consiste donc à favoriser :
l’infiltration ;
la couverture du sol ;
la structure ;
la matière organique ;
les zones capables de ralentir le ruissellement ;
la récupération de l’eau de pluie lorsque cela est possible.
Le but est de faire en sorte que l’eau qui tombe sur le jardin ait une chance de devenir une ressource pour les semaines suivantes.
Ne pas chercher à sauver toutes les plantes à tout prix
C’est peut-être la partie la plus difficile pour un jardinier.
Lorsqu’une plante souffre, notre réflexe est souvent de vouloir la sauver immédiatement.
Arrosage massif.
Ombre artificielle.
Taille sévère.
Multiplication des interventions.
Mais lorsque les épisodes de chaleur deviennent récurrents, nous devons aussi apprendre à observer.
Certaines plantes ne sont peut-être simplement plus adaptées à l’endroit où nous les avons installées.
D’autres vont surprendre par leur capacité à repartir.
Et certaines seront peut-être capables de devenir les plantes de référence de notre futur jardin.
Il faut donc laisser une place à la sélection naturelle… à l’intérieur de notre jardin.
Pas pour abandonner les plantes.
Mais pour découvrir lesquelles sont réellement capables de vivre dans les conditions que nous pouvons leur offrir.
Faire du sol vivant une stratégie de long terme
Toutes ces mesures ont quelque chose en commun.
Elles ne sont pas destinées à résoudre la canicule du jour.
Elles préparent le jardin avant la prochaine.
C’est précisément pour cela que le sol vivant me paraît si important.
Un sol vivant et bien structuré ne résout pas tout.
Mais il peut participer à améliorer simultanément plusieurs paramètres :
l’eau, la structure, la température, les racines, la nutrition et les interactions biologiques.
C’est donc probablement l’un des rares leviers qui agit sur autant de dimensions à la fois.
Et surtout, contrairement à une protection temporaire installée juste avant une canicule, il peut continuer à fonctionner toute l’année.
Nous ne pouvons pas empêcher les canicules. Nous pouvons préparer le jardin à les traverser.
C’est peut-être finalement la leçon la plus importante de cet été.
Nous avons longtemps conçu nos jardins pour les conditions moyennes.
Mais les conditions moyennes ne sont plus forcément celles qui déterminent la réussite d’une culture.
Ce sont parfois les événements extrêmes qui décident de ce qui survivra.
Notre objectif doit donc progressivement changer.
Ne plus chercher uniquement :
« Comment faire pousser cette plante ? »
Mais aussi :
« Comment construire les conditions qui lui permettront de continuer à vivre lorsque le climat sortira de l’ordinaire ? »
Et dans cette transformation, le sol n’est plus simplement le support du jardin.
Il devient l’une de ses principales réserves de résilience.
C’est terminé ?
Pas tout à fait.
J’avoue que c’est un peu long, mais j’ai tellement souffert avec mon jardin que j’ai voulu comprendre et je veux le aprtager, pour éviter la casse autant que possible l’année prochaine.
Il manque la conclusion, et je veux surtout ajouter une dernière partie très utile :
et tu verras que cet article a une vraie utilité immédiate.
quoi faire maintenant,
en août,
avant même de savoir
quelles plantes repartiront.
Que faire maintenant, alors que le jardin semble épuisé ?
Après plusieurs canicules, il est tentant de vouloir tout recommencer.
Arracher, nettoyer, remplacer,
préparer déjà les cultures suivantes.
Mais si nous avons appris quelque chose au cours de cet été, c’est peut-être justement qu’il faut ralentir avant d’agir.
Nous ne savons pas encore tout ce qui est mort.
Et nous ne savons pas non plus ce qui est capable de repartir.
Alors, plutôt que de chercher immédiatement à réparer le jardin, je préfère commencer par le protéger et l’observer.
Ne mettez pas le sol à nu
C’est probablement la première chose à éviter.
Même si les plantes ont disparu, le sol reste soumis aux mêmes contraintes : soleil, chaleur, évaporation, vent et variations brutales de température.
Une parcelle libérée par une plante morte n’est donc pas une parcelle qui doit nécessairement être nettoyée jusqu’à retrouver une terre nue.
Les résidus végétaux peuvent continuer à jouer un rôle de protection.
Les feuilles mortes, les tiges, le broyat ou d’autres matières organiques peuvent rester sur place, selon leur état et les risques sanitaires éventuels.
Même une plante qui n’a pas survécu peut encore contribuer à protéger le sol qui accueillera la suivante.
Ne remplacez pas trop vite ce qui semble mort
Certaines plantes vont effectivement ne pas repartir.
Mais d’autres peuvent encore posséder des racines, des bourgeons ou des réserves suffisantes pour redémarrer lorsque les conditions redeviendront favorables.
Laissez donc, lorsque c’est possible, un peu de temps à la plante.
Observez.
Grattez légèrement une tige si cela permet de vérifier la présence de tissu vivant.
Regardez le collet.
Observez les nouvelles pousses après le retour de l’humidité.
Et surtout, ne transformez pas une impression visuelle en diagnostic définitif.
Profitez de cette période pour observer votre sol
La canicule a été un stress.
Mais elle a aussi constitué une sorte de test grandeur nature.
Regardez maintenant les différences entre vos parcelles.
Où le sol est-il resté frais ?
Où l’humidité a-t-elle persisté ?
Où les plantes ont-elles le mieux résisté ?
Où recommencent-elles à pousser ?
Quelles zones ont conservé une activité biologique visible ?
Ces observations valent parfois davantage qu’une longue liste de conseils trouvés dans un livre.
Elles vous indiquent ce qui fonctionne réellement chez vous.
Et préparez déjà la prochaine saison
Pas en essayant de prévoir exactement la prochaine canicule.
Mais en augmentant progressivement la marge de sécurité du jardin.
Plus de couverture du sol.
Plus de matière organique.
Davantage de profondeur lorsque c’est possible.
Des plantes mieux adaptées aux microclimats de chaque zone.
Des protections contre le vent.
Une meilleure récupération de l’eau lorsqu’elle tombe.
Et surtout, un sol dont la vie peut continuer à fonctionner même lorsque les conditions deviennent difficiles.
Car la préparation d’une canicule ne commence pas lorsque le thermomètre annonce 38 °C.
Elle commence plusieurs mois, voire plusieurs années auparavant.
Conclusion —
Et si notre jardin n'était pas mort, mais en train de nous apprendre à changer notre façon de jardiner ?
Lorsque nous regardons aujourd’hui un jardin qui a traversé plusieurs canicules, nous voyons surtout les dégâts.
Pourtant, nous avons vu qu’il est impossible de comprendre ce qui s’est réellement passé en regardant uniquement ce qui se trouve au-dessus du sol.
Nous avons également découvert que le sol n’est pas un simple support.
Sous nos pieds existe un écosystème complexe, capable de ralentir, de résister, de se réorganiser et, lorsque les conditions redeviennent favorables, de retrouver progressivement son activité.
C’est pourquoi je ne veux pas regarder cette année uniquement comme une succession de catastrophes.
Je veux aussi la regarder comme une expérience grandeur nature.
Ces réponses vont nous permettre de découvrir quelque chose que les catalogues ne peuvent pas nous dire :
ce qui fonctionne réellement dans notre propre jardin.
Car nous ne pourrons probablement pas empêcher les prochaines canicules.
Nous ne pourrons pas non plus demander indéfiniment à nos plantes de résister à des températures toujours plus élevées en leur apportant simplement davantage d’eau.
Il nous faut donc changer de stratégie.
Ne plus chercher uniquement des plantes capables de supporter la chaleur.
Mais construire un jardin qui leur permette de traverser la chaleur et de récupérer ensuite.
Et cette capacité de récupération ne dépend pas uniquement de la plante.
Nous l’avons vu, elle dépend aussi
- de ses racines.
- De la température et de l’humidité du sol.
- De la matière organique.
- De la structure.
- De la couverture du sol.
- Du vent.
- De l’eau disponible.
- Et de toute la vie qui accompagne les racines.
C’est pourquoi je suis de plus en plus convaincue que
l’une des clés de notre adaptation climatique
ainsi que notre sécurité alimentaire de demain
se trouvent exactement là où nous regardons rarement :
sous nos pieds.
Le sol vivant ne supprimera pas les canicules.
Mais il peut contribuer à donner aux plantes un environnement beaucoup plus capable d’encaisser les chocs
et de retrouver son fonctionnement après eux.
Écoutons ce que notre jardin
vient de nous apprendre.
Parce que la prochaine étape ne sera pas de chercher comment empêcher la prochaine canicule.
Ce sera de construire un jardin qui sera mieux préparé lorsqu’elle arrivera.
Comment avez-vous vécu ces canicules à répétition avec votre jardin ?
Cette année, j’ai expérimenté le fait que l’ombrage n’était pas suffisant même s’il a franchement aidé.
Et qu’on a beau penser avoir « tout bien fait »… on n’est pas à l’abri.
De votre côté, comment votre jardin a-t-il résisté ?
Avez-vous des techniques de protection ?
