Lorsque j’observe une plante, j’essaie toujours de me poser une question simple.
Cette fois, c’était en regardant les arbres à feuillage pourpre.
Comment font-ils leur photosynthèse ?
Après tout, si les feuilles sont rouges ou violettes, où est passée la chlorophylle ?
Et, tant qu’à parler de lumière, une autre idée m’est venue.
Si un filet rouge laisse surtout passer de la lumière rouge, ne serait-il pas encore meilleur pour les plantes que la lumière blanche ?
Comme souvent au jardin, les apparences sont trompeuses…
Nous allons donc nous poser quelques questions :
Les plantes voient-elles la vie en rouge ?
Dans cet article
ToggleCe que les feuilles pourpres et les filets colorés nous apprennent sur la lumière
À première vue, on pourrait croire qu’une feuille pourpre ne contient pas de chlorophylle et ne peut donc pas faire de photosynthèse.
En réalité, les feuilles pourpres sont bien vertes… mais leur vert est masqué.
Là, il va falloir m’expliquer
Une feuille pourpre est... verte !
Cela paraît contradictoire, mais c’est pourtant la réalité.
Les feuilles pourpres contiennent bien de la chlorophylle.
Elles fabriquent leur sucre exactement comme les autres plantes grâce à la photosynthèse.
Simplement, elles produisent en plus un autre pigment : les anthocyanes.
Ce sont ces pigments rouges, violets ou pourpres qui masquent le vert de la chlorophylle.
Autrement dit,
la feuille est verte à l’intérieur,
mais elle porte un « voile » rouge qui change sa couleur.
Les anthocyanes ne bloquent pas toute la lumière
On pourrait croire que ce voile empêche la photosynthèse.
En réalité, il agit davantage comme une paire de lunettes de soleil.
Une partie de la lumière continue de traverser la feuille et atteint les chloroplastes où se déroule la photosynthèse.
L’arbre continue donc à produire son énergie.
Mais, il filtre les rayons les plus agressifs lorsque le soleil devient très intense.
Pourquoi fabriquer des feuilles rouges ?
Produire ces pigments demande de l’énergie.
Donc, si la nature les conserve, c’est qu’ils apportent un avantage.
Ils permettent notamment :
- de protéger les chloroplastes lorsque le soleil est très fort ;
- de limiter certains dégâts liés aux ultraviolets ;
- de réduire les effets du stress provoqué par la sécheresse ;
- d’agir comme antioxydants en neutralisant une partie des molécules agressives produites lors des fortes chaleurs.
On peut voir les anthocyanes comme une protection solaire intégrée.
La plante accepte de perdre un peu d’efficacité photosynthétique lorsque tout va bien, mais elle évite des dégâts beaucoup plus importants lorsque les conditions deviennent extrêmes.
Un compromis finalement assez intelligent.
Alors... un filet rouge serait-il encore meilleur ?
Partant de ce que nous venons d’énoncer, l’idée paraît logique.
Les plantes utilisent surtout la lumière rouge et la lumière bleue.
Pourquoi ne pas leur fournir principalement du rouge ?
C’est ici que notre œil nous joue un tour.
Un matériau rouge est rouge parce qu’il absorbe une grande partie des autres couleurs et renvoie surtout le rouge.
Autrement dit, sous un filet rouge, les plantes reçoivent davantage de rouge… mais beaucoup moins de bleu.
Et c’est justement là que les choses se compliquent.
Les plantes ont besoin du bleu
Le bleu participe bien sûr à la photosynthèse.
Mais il intervient aussi dans de nombreux mécanismes de la plante.
Il favorise par exemple :
- l’ouverture des stomates ;
- une croissance compacte ;
- la formation de feuilles épaisses ;
- la bonne orientation des feuilles vers la lumière.
Lorsque la lumière manque de bleu, beaucoup de plantes s’allongent.
- Les tiges deviennent plus fines.
- Les entre-nœuds s’allongent.
La plante cherche littéralement une lumière plus équilibrée.
C’est exactement la raison pour laquelle les lampes horticoles modernes n’utilisent pas uniquement du rouge.
Et le vert, alors ?
Pendant longtemps, on pensait que le vert ne servait pratiquement à rien.
Après tout, les feuilles le réfléchissent.
Mais les recherches montrent aujourd’hui une réalité beaucoup plus intéressante.
La lumière verte pénètre davantage à l’intérieur de la feuille.
Le rouge et le bleu sont rapidement absorbés par les premières cellules.
Le vert, lui, continue son chemin et alimente les chloroplastes situés plus profondément.
Finalement, aucune couleur n’est totalement inutile.
La nature exploite presque tout le spectre lumineux.
Pourquoi utilise-t-on pourtant des filets colorés ?
Les arboriculteurs utilisent effectivement des filets rouges, bleus, jaunes, gris ou nacrés.
Mais leur objectif n’est pas simplement de changer la couleur de la lumière.
Ils cherchent à influencer le développement des plantes.
Selon leur couleur, ces filets peuvent favoriser une croissance plus compacte, une végétation plus vigoureuse ou modifier légèrement certaines réactions physiologiques.
Cependant, dans un potager soumis aux fortes chaleurs, le problème principal n’est généralement pas la couleur de la lumière.
C’est son excès.
Un article sur les voiles au jardin vous en dira davantage sur l’utilisation des filets d’ombrage.
Ce dont les légumes ont réellement besoin en été
En pleine canicule, les plantes souffrent rarement d’un manque de rouge.
Elles souffrent surtout :
- d’un rayonnement trop intense ;
- de feuilles qui montent à plus de 40 °C ;
- d’une transpiration excessive ;
- d’un stress hydrique permanent.
Dans ce cas, un filet blanc, gris clair, nacré ou aluminisé apporte souvent davantage de bénéfices qu’un filet rouge.
Pourquoi ?
Parce qu’il réduit l’intensité du soleil sans déséquilibrer le spectre lumineux.
Mieux encore, certains matériaux diffusent la lumière dans toutes les directions.
Les feuilles du dessous continuent alors à recevoir de la lumière, tout en restant plus fraîches.
Ce que j'en retiens
Cette réflexion m’a rappelé une chose importante.
Lorsqu’on jardine, on cherche souvent la bonne couleur.
La nature, elle, recherche surtout le bon équilibre.
Une plante n’a pas besoin de recevoir uniquement la lumière qu’elle utilise le mieux.
Elle a besoin d’un spectre complet, mais sans excès.
Comme souvent au jardin,
ce n’est pas le maximum qui donne les meilleurs résultats.
C’est l’équilibre.
Voyez-vous les feuilles de couleur différentes désormais ?
C’est pourquoi j’ai choisi cette image pour la couverture :
En observant une feuille pourpre à contre jour, la voyez-vous verte ?
Selon l’épaisseur de la feuille et l’espèce, on observera plusieurs choses.
1. La feuille devient presque translucide
Au lieu d’un pourpre sombre, elle prend souvent une teinte rouge rubis, parfois presque bordeaux lumineux.
La lumière traverse les tissus au lieu d’être seulement réfléchie.
2. Les nervures apparaissent très nettement
Le réseau des nervures devient beaucoup plus visible, car elles sont plus épaisses et laissent moins passer la lumière.
3. On peut distinguer une nuance verte
Sur les parties les plus fines (les bords, les jeunes feuilles ou les zones entre les nervures), il n’est pas rare d’apercevoir une teinte brun-olive ou verdâtre.
Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais c’est la chlorophylle qui devient perceptible parce que la lumière traverse la feuille au lieu d’être simplement réfléchie vers notre œil.
Sur certaines variétés, c’est très discret ; sur d’autres, c’est assez évident.
La feuille possède les deux pigments en même temps.
Mais bien sûr, ce petit jeu d’observation n’est pas sans faille.
Parfois les résultats ne sont pas flagrants.
En effet, ce que l’on observe de façon constante, c’est surtout la translucidité rouge de la feuille ; le vert est parfois visible, mais ce n’est pas un test infaillible.
4. Les jeunes feuilles sont souvent plus rouges que les anciennes
On peut également remarquer que les jeunes pousses des arbres pourpres sont souvent beaucoup plus rouges.
Au fil de la saison, beaucoup de feuilles deviennent légèrement plus vertes, car la quantité de chlorophylle augmente tandis que les anthocyanes restent stables, voire diminuent un peu.
Qu'en pensez-vous ?
Vous étiez-vous déjà posé la question ?
Maintenant que nous les connaissons mieux,
quel est, selon vous, l’arbre au plus beau feuillage pourpre ?
Je suis curieuse de découvrir vos préférés.
