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Le rumex ou oseille sauvage.

Quel jardinier n’a pas été ou ne sera pas confronté à la présence de rumex, en plus ou moins grande quantité, sur sa parcelle ?
Et c’est quelques fois bien embêtant !
Dès lors, des questions se posent:

  • Qu’est-ce que le rumex ?
  • Comment éliminer le rumex
  • pourquoi le combattre
  • peut-on le détruire
  • comment l’éviter
  • et finalement, si on s’en servait ?
  • Est-ce que le rumex est comestible ?
  • qui mange du rumex ?

Qu’est-ce que le rumex (traduisez lance dard)

Vous lirez partout que c’est une plante de la famille des polygonacées (comme la rhubarbe), du genre des herbacées dicotylédone…
Ce site
(que je me permets de citer) explique bien les différences entre différents rumex.

rumex obtusifolius

Ainsi, on connait surtout l’Oseille sauvage qui est le Rumex acetosella
et le Rumex obtusifolius (patience à feuille obtuse ou encore Doche ouParelle ou lapé suivant la région)
Il existe d‘autres Rumex comme Rumex arifolius ou encore le rumex crispus qui est utilisé par les herboristes.

Le Rumex acetosella (oseille sauvage) qu’on appelle ici Vinette (Poitou) est plus surement comestible que les autres.

On peut manger l’oseille sauvage (en pesto par exemple, avec de l’huile d’olive et de l’aïl haché). Son gout se marie bien avec le poisson.

Pour reconnaitre le Rumex, il suffit de prendre une feuille et de la sentir. Le côté acide de l’oseille sauvage ressort immédiatement.
La plante fait (en général) 60 cm de haut.

Au jardin, on l’aprécie nettement moins  le rumex là où on ne l’a pas invité !

Le rumex au potager
c’est grave docteur ?

Le rumex crépu (Rumex crispus L.) et le rumex à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius L.) sont de grandes plantes qui se reproduisent fortement par grenaison ou plus localement par division du pivot lors de travaux du sol.

Le rumex c’est quoi ?

Pour le jardinier, lorsqu’il y en a vraiment de trop, c’est arrachage systématique et
fauche régulière.
Le rumex est interdit de séjour.

Ce matin, je commence un nouveau coin potager.

Première chose à faire, bien sur, évaluer ce qu’il y a à préparer.

Et, oh surprise, sur la parcelle que j’ai envisagée l’automne dernier pour la culture des haricots cette année, j’ai constaté une explosion des rumex !

Et alors ? c’est grave ?

Oui et non.

Non, car le rumex est une plante bio-indicatrice. C’est-à-dire que, puisqu’elle est très présente sur ce coin mais pas en si grande quantité juste à côté, c’est qu’il y a un désordre.
Et autant le savoir.

Que nous apprend le rumex à feuilles obtuses ?

Indications sur l’état du sol

S’il est dominant au jardin, le rumex à feuilles obtuses est une plante d’alerte. Il indique

  • un engorgement en eau et en matière organique (d’origine végétale et animale).
  • Le complexe argilo-humique est déstructuré.

Persister en apportant de matière organique sur un terrain envahi de rumex peut devenir dramatique et les dégats risquent d’être quasi irréversibles.

Correction:

Le rééquilibrage du milieu.
Cet article de supagro sur « Le complexe argilo-humique« 

  • Le calcium a une action stabilisatrice. Il s’intercale entre l’humus et les feuillets des argiles, formant des ponts calciques très résistants et aérant la structure du sol.

  • Le magnésium forme lui aussi des ponts cationiques mais avec une action de resserrement de la structure.

  • Des ponts constitués d’hydroxydes de fer peuvent également se mettre en place, mais ils sont moins solides que les ponts calciques.

  • Enfin, l’activité biologique a un rôle fondamental. La présence de molécules organiques permet d' »enrober » les complexes, ce qui les stabilise en présence d’eau. Parmi ces substances, la glomaline, produite par certains champignons. Ces aspects sont développés dans la partie fertilité biologique.

C’est ici encore une fois la vie du sol qui va nous sauver

Qu’apporte le rumex

Pour les humains, on utilise les feuilles de rumex froissées contre les piqures d’ortie
A défaut d’autre chose, en randonnée, les larges feuilles peuvent remplacer le papier toilette…

Pour le jardin, le rumex est un remède.
Dans les prairies ayant subi un surpâturages, des tassements et des piétinements trop importants, le rumex, grâce à sa racine pivotante qui va creuser, participe à l’amélioration de l’état du sol. Il permet aussi d’absorber les éléments en excès (nitrites, métaux).  

Ainsi, en cas d’excès d’azote , la prolifération de rumex est considérée par de nombreux écologues (comme
Joseph Pousset), comme une forme de rééquilibrage du rapport carbone/azote (C/N) du milieu.

Pourquoi le rumex est-il apparu chez moi ?

Le stock de graines:

Non, le stock arrivé sur votre jardin n’est pas forcement du au voisin qui a laissé son terrain en friche.

Le stock de graines dans le sol est toujours important.

Il peut être augmenté par

  • l’apport de fumier si les animaux ont mangé des graines de rumex, car les graines gardent leurs capacités germinatives même après leur passage dans la digestion des bêtes.
    Ensuite, si les conditions de levée de dormance sont réunies, elles germent. Or un plant de rumex peut produire jusqu’à 60 000 graines par an.

Faculté germinative du rumex

Nous voyons ci-dessus un tableau des facultés germinatives des graines de rumex dans un fumier de ferme. (source: les livrets de l’agriculture n°17.SPW.)

  • Le pailli peut aussi avoir été réalisé avec la fauche d’une parcelle contenant ne serait ce qu’un pied de rumex.

Une fois que la graine est dans le sol, il lui faut en général de bonnes conditions de « levée de dormance » pour germer.

Puisqu’on ne peut vraisemblablement pas éviter la présence de graines,

Comment éviter la levée de dormance des graines de rumex ?

Question:

Quelles sont les
conditions de levée de dormance des graines de rumex ?

Certaines conditions évoquées ici par des maraichers consultés, n’ont jusque-là pas été prises en compte dans la littérature.
Ainsi, d’après leurs observations, les légumineuses favoriseraient les levées de dormances du rumex, et stimuleraient son développement.

Un bon outil de diagnostique:

Selon le livret des conditions de levée de dormance des plantes bio-indicatrices (de Gérard Ducerf), un outil de diagnostic des sols indispensable pour comprendre la présence des « indésirables », la présence de rumex en grande quantité indiquerait

  • un sol compacté,
  • trop de nitrites,
  • trop de potassium
  • pas assez de complexe argilo-humique
  • et(ou) un tassement du sol entrainant un manque d’air.

Le rumex viendrait donc remédier à cet état en plongeant ses racines profondément pour aérer le sol entre autre.

De ce qui précède, nous pouvons déduire que la gestion du rumex est multifactorielle,

Comment éviter, comment gérer le rumex

En résumé, il faudrait

  • Réactiver la vie microbienne des sols pour favoriser le complexe argilo-humique
  • Aerer le sol
    Car plus il y a de vie dans le sol, plus il y a de vers et plus le sol est aéré. Ce qui serait désavantageux pour les rumex qui préfèrent, nous l’avons vu, les sols compacts ».
  • Maintenir un couvert végétal, pour favoriser la vie microbienne, bref, le sol vivant.
  • Un compost bien conduit permet de tuer la majorité des graines de rumex. En effet, l’utilisation de fumier (même mûri pendant plusieurs mois) ne voit pratiquement pas se réduire la capacité de germination des graines de rumex qu’il contient.

Eviter

  • Le passage d’engins qui sectionnent et donc multiplient les pivots
    et les racines, multipliant le nombre de ces vivaces.
  • De tasser le sol (avant pendant et après les cultures)
  • Eviter la fumure décalée par rapport aux périodes de végétation. En effet, dans ce cas, les éléments minéraux, moins absorbés par les plantes, migreront vers les couches inférieures du sol, là où seules les plantes à racines profondes et pivotantes comme le rumex pourront les atteindre et les assimiler.

Comment enlever le rumex

La stratégie d’épuisement :

La stratégie d’épuisement peut être abordée par répétition avec  l’objectif de détruire les parties aériennes des vivaces. Ceci a pour but de leur faire puiser les réserves stockées dans les rhizomes, ce qui les épuise.
Ce n’est pas très efficace en ce qui concerne les rumex.

La stratégie d’extraction :

L’arrachage manuel se révèle relativement efficace.

La stratégie d’extraction, comme son nom l’indique, consiste à sortir les rhizomes de la terre.
Il faut alors arracher les racines jusqu’à une profondeur de 12 cm au minimum.
Leur élimination se fait,

  • soit en les exportant de la parcelle (ne pas mettre au compost),
  • soit en les laissant en surface pour qu’ils meurent sous l’effet de la sécheresse ou du froid.

Pour le rumex, il n’y a que la stratégie d’extraction qui fonctionne vraiment.

Il existe un outil mécanique :

un extracteur de rumex ou fer à rumex (qui ne coûte pas très cher)

C’est un petit outil constitué d’un manche et d’une petite fourche.
Pour l’utiliser, on l’enfonce
dans le sol sous un angle de 45 à 60°.
On peut également utiliser une ancienne fourche à betterave pour
effectuer ce travail. En poussant sur le manche,
il se crée un effet de levier et le rumex doit sortir
de terre.
Il est parfois nécessaire de travailler le rumex par  plusieurs côtés dans le cas où la résistance est trop forte.
Il faut toujours veiller à arracher entièrement la
racine, sinon tout sera bientôt à refaire !

En effet, les morceaux de racines de plus de 0,5 cm sont capables de repousser !

La chaleur

Les racines de rumex ne supportent pas une chaleur importante.

Exposées pendant 10 secondes à de l’eau à une température de 80° C les fait mourir.
Encore faut-il pouvoir parvenir aux racines tant que l’eau est encore à cette température !

La consommation d’eau est, dans ce cas, d’environ 1.6 litres d’eau par rumex.

bruleur à rumexTechnique à infrarouge et gaz visant à brûler le rumex

Cet appareil portatif se compose d’une bonbonne de propane reliée à un manche terminé par un grillage métallique et une «aiguille»
Celle-ci est chauffée à 600° C. Il suffit
d’enfoncer cette aiguille dans la racine du rumex pour la brûler (par dénaturation des protéines et destruction de la structure cellulaire de la plante). Le grillage métallique quant à lui, permet de détruire le feuillage.

La fauche

Seule l’application d’une fauche mensuelle a permis de réduire la vigueur de plants de rumex de moins
d’un an. 

Pour être utile, cette fauche devra être réalisée juste avant la pleine émergence de l’inflorescence. L’impact sur l’épuisement des réserves de la plante sera alors maximum.

Attention !
Il faut absolument faucher après l’apparition de la hampe florale (faucher avant produit l’effet inverse : dans ce cas, on booste la plante !).

Le pâturage

Le pâturage des ovins et des caprins aurait, quant à lui, un effet négatif sur le développement des rumex.

Mais voilà, de rumex pour mes chèvres, point trop n’en faut !

Car le rumex contient de l’acide oxalique (comme le choux, la rhubarbe…) qui, en grande quantité, peut être toxique.
Or les rumex en renferment des concentrations importantes. Ces intoxications peuvent prendre la forme d’une atteinte rénale en cas d’ingestion même faible mais répétée de la plante (dose toxique: 0.1 – 0.5% du poids de l’animal)
(symptômes: hypersalivation, diarrhée, régurgitations).

Alors allez y doucement…

En fourrage:

Pourtant, le rumex feuillu est une très bonne ressource fourragère pour les ruminants, au moins aussi bonne en MAT et en énergie qu’une luzerne, les chèvres les adorent (Inra Lusignan, août 2017).

Lutte biologique

Il existe un scarabées des rumex (Gastrophysa viridula).

prédateur du rumexColéoptère de couleur
vert métallique à vert doré, cet insecte est spécialisé
dans l’attaque des polygonacées et particulièrement du rumex.
Ce sont ses larves, en forme de chenilles qui s’attaquent
aux feuilles du rumex. Ainsi les maladies pénetrent dans la feuille qui ne sait plus produire de photosynthèse. La plante s’affaiblit et doit puiser dans ses réserves pour se nourrir (mais elle ne meurre pas).

Comment attirer les scarabées du rumex ?

En déchirant les feuilles du rumex, celles-ci produisent des substances attratives pour les coléoptères.

L’allélopathie

On sait maintenant que le développement du rumex
est inhibé par des cultures de seigle, d’avoine, de
luzerne ou de crucifères.

Quand détruire le rumex

Deux périodes sont préconisées pour la lutte contre le rumex.
L’arrache manuel est
généralement réalisé sur la période de mai à juin, ou après la récolte.

Rappel : Les plantes arrachées seront brûlées et non pas jetées simplement sur le tas de compost.

Et vous, mangerez-vous l’oseille sauvage
ou l’éradiquerez-vous sans pitié ?

Un petit pesto avec un filet de citron ?

Car en fin de compte, l’oseille sauvage est riche en provitamine A, en vitamines C, B1 et B2
elle contient du fer, du cuivre et du magnésium.
Du fait de son goût amer, elle est apéritive. Elle est aussi dépurative, diurétique, antiscorbutique, revitalisante et excellente pour le transit intestinal puisqu’elle contient des fibres en abondance. Toutefois, du fait de sa teneur en acide oxalique, elle est déconseillée aux personnes souffrant de calculs rénaux, d’arthrite ou de rhumatismes. Rassurez-vous, sans excès, tout individu en bonne santé peut en manger sans risque particulier. (comme les épinards, la rhubarbe etc…)

Alors pourquoi ne pas garder un pied de cette sauvage dans un coin du jardin ? (en la surveillant bien évidemment !)

Votre réponse en commentaires 😉

Cet article a 2 commentaires

  1. Pascaline

    Article très intéressant !
    De mon expérience, le rumex adore effectivement les sols tassés, compactés et acides.
    J’ai remarqué que les poules mangeaient les jeunes feuilles et que ça freinait considérablement le développement du rumex.
    Un ajout de chaux permet de rééquilibrer le pH du sol et de bien calmer les rumex.
    J’ai été envahi suite au labour d’une parcelle (oui, on a plus le droit de faire ça, mais en tant que JA j’ai eu une dérogation) et l’année suivante….. explosion de rumex !! L’arrachage était inenvisageable tellement il y en avait.
    Aujourd’hui j’ai déménagé et j’ai quelques pieds de rumex dans ma prairie (qui ne retournera pas en labour 😉 ) et j’ai des chevaux qui ne mangeront pas les rumex c’est sûr.
    Je vais tenter l’arrachage, j’ai un « arrache-doche » comme on l’appelle par chez nous 🙂
    Je vais tenter aussi de déchirer les feuilles pour attirer les scarabées.
    Affaire à suivre 🙂

    1. Merci de ce commentaire très instructif. Pour les scarabées, je ne savais pas et, si tu le permets, je me dépêche de le rajouter à l’article. Te voici contributrice 😉
      Pour la chaux, je préfère utiliser d’autres formes de calcium car la chaux bloque certains élements dans le sol.

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